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« Mein Kampf » réédité: qu’en est-il de la liberté d’expression ?

« Mein Kampf » réédité: qu’en est-il de la liberté d’expression ?

Olivier Mannoni a reçu la lourde tâche de traduire les écrits de l’un des dictateurs les plus cruels de son époque, Adolf Hitler

Olivier Mannoni s’est vu confier la tâche ingrate de traduire le livre d’Adolf Hitler. Il retranscrit méticuleusement les pensées les plus tordues du Führer, ce qui ne laisse pas indemne.

« Hitler s’est emparé du langage pour le tordre »

« Ce fut un travail accablant », voilà comment Olivier Mannoni qualifie la lourde tâche qui lui a été attribuée. Le journaliste s’est vu confier la traduction des écrits du combat d’Hitler, « Mein Kampf ». Entre autobiographie et apologie de l’idéologie nazie, ces textes ont glacés le sang du traducteur. Il explique alors que la confusion du texte « rend fou celui qui le traduit ». Il avait déjà été chargé, il y a quelques années, de retranscrire certains passages du « Journal de Goebbels ». Mais rien de comparable. Les écrits du Fürher « sont une matière dans laquelle le parcours est pénible et désagréable ». Le dictateur n’était pas seulement le personnage cruel que l’on rencontre à travers les livres d’histoire, mais quelqu’un à l’esprit extrêmement perturbé « Hitler s’est emparé du langage pour le tordre ».

« Il faut avoir des bases de compréhensions historiques »

Alors pourquoi s’engager à traduire un tel ouvrage. « Mein Kampf » a toujours été élevé au rang de mythe, et en acceptant de le retranscrire Olivier Mannoni aspire à le démythifier. A le transformer en un objet de travail et d’étude dans un but bien précis. Et c’est en réponse à Jean-Luc Mélanchon qu’il l’explique. Afin de comprendre la montée et la force de l’extrême droite en France aujourd’hui « il faut avoir des bases de compréhensions historiques. Refuser de voir les textes est se voiler les yeux et ne pas vouloir comprendre ».

Mais qu’en est-il de l’avis des passants ? Des lecteurs lambdas ? Nous avons rencontré Paul, 21 ans, dont l’avis rejoint celui du journaliste. Pour lui, l’Histoire avec un grand H n’est qu’un éternel recommencement, « Il faut se servir de nos erreurs pour ne pas les reproduire » insiste le jeune homme, et c’est aussi l’avis de son amie Alice, 23 ans « l’Histoire, le passé, c’est le seul modèle qu’on a et c’est aussi le seul moyen de voir ce qui fonctionné et ce qui a été un échec. Si l’on n’en tient pas compte, on va retrouver les mêmes problèmes, c’est un cercle vicieux ». A l’inverse, Hugues, 33 ans, ne comprend pas qu’on puisse republier et remettre sur le devant de la scène un tel ouvrage « même si il faut que ça nous aide à ne pas reproduire les erreurs du passé, il ne faut pas le faire lire aux jeunes. Il faut les éduquer et non pas essayer de les choquer avec une telle violence ! Je ne comprends vraiment pas…». Louise, 47 ans, reste elle, très partagée. Si elle cautionne en partie l’avis de l’auteur, certains points la dérangent « Je pense qu’il faut instruire les populations sur le problème de la montée vertigineuse de l’extrême droite en France. Le passé peut aider à prouver que ça n’a pas été bénéfique et qu’il y a eu d’infâmes débordements. Mais quelque part, prôner la non violence et le respect d’autrui et de ses convictions avec « Mein Kampf », ça me paraît compliqué. Je ne pense pas que les gens soient prêts à accueillir un ouvrage de ce genre, tout en ayant le recul nécessaire pour le considérer comme un objet d’étude ou un fait sociologique à étudier ». La polémique autour de cette réédition ne semble pas prête de s’éteindre.