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Election présidentielle: voici la vérité sur les sondages (vidéos)

Election présidentielle: voici la vérité sur les sondages (vidéos)
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Les sondages sont le baromètre électeurs avant une échéance électorale. Mais quelle confiance accorder à ces chiffres ? Comment sont-ils évalués ? MCE a enquêté et vous dévoile les dessous de la fabrication des sondages.

A l’approche des élections les médias vous inondent avec différents sondages d’intentions de vote. Les instituts qui pratiquent ces études sont nombreux (Opinion Way, Ipsos, Ifop, BVA, Odoxa…). Elles sont un indicateur des tendances de la population. Mais les sondages sont souvent sujets à cautions pour leur véracité et leur fiabilité. Qui ne s’est jamais exclamé devant un sondage qui lui déplait: ça représente qui ? Je n’ai pas été interrogé et toi ?.

Du coup, plusieurs questions viennent à l’esprit. Est-ce facile de truquer un sondage ? Effectivement, dans les faits, cela peut paraître simple. Il suffit de sélectionner des personnes dont nous connaissons déjà les réponses. Par exemple, pour une victoire écrasante de la droite, il faut se rendre chez les habitants de Neuilly… Pour une victoire de la gauche, il suffirait d’aller dans l’est parisien. Mais cela est beaucoup plus compliqué. Les sondages que vous apercevez dans les médias sont réellement calibrés sur un système de fonctionnement précis.

La recherche du panel représentatif de la France

Le principe du panel représentatif est le mode de questionnement le plus simple des instituts de sondage. Pour réaliser les sondages, il faut avant tout un panel précis qui représente un maximum la population française, explique Marek Kubista, directeur d’études à Opinion Way. Comment est-il sélectionné ? C’est très simple ! Si l’on prend une enquête réalisée auprès de 1 000 personnes. Il faudra interroger 476 hommes contre 524 femmes car la population française indique qu’il y a 52,4% de femmes pour 47,6% d’hommes. Ce n’est pas tout. Il faut aussi prendre en compte l’âge des sondés (20-21% + 65 ans, 11-12% entre 18 et 25 ans).

A partir de cette échelle, le panel démographique de la France est plus clair. Mais une dernière étape reste à mettre en place, celle de la localisation. Les statistiques du recensement annoncent que 18,5% des Français en âge de voter vivent à Paris. Il faut donc interroger 185 personnes en Ile-de-France pour obtenir la représentation des votants de la région parisienne. Un procédé qui est répété avec chacune des régions françaises. Une fois misent en place, ces statistiques représentent le fameux panel représentatif de la France.

Y-a-t-il une marge d’erreur possible ? Il est vrai que les sondés, s’ils acceptent de répondre, peuvent parfois mentir. Exemple avec les résultats d’intentions de vote pour les partis politiques extrémistes pour lesquels les gens n’avouent pas leur véritable choix. Pour les intentions de vote, on demande aussi le vote antérieur de la personne sondée pour évaluer la marge d’erreur, explique Marek Kubista à Ma chaîne Etudiante. On évalue ensuite des coefficients de pondération pour corriger leur intention de vote et obtenir un résultat plus proche de la réalité, ajoute-t-il en précisant qu’aujourd’hui, la marge d’erreur devient de plus en plus minime.


Le panel représentatif des sondages par MCETV

Comment vérifier le panel représentatif dans les sondages ?

Il suffit d’ouvrir un journal pour se rendre compte de la présence d’un sondage. Mais ce travail fait en amont peut-il être traçable ? Pour le savoir, nous nous sommes plongés dans un vieil exemplaire du Figaro datant du 6 juin 2016 dans lequel était publié une enquête d’intention de vote lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2017. Ici les chiffres intéressent peu. Ce sont les petits caractères italiques inscrits en dessous des résultats qui nous intriguent :

Etude réalisée par Ipsos pour le Cevipof et Le Monde. Echantillon de 19 455 personnes inscrites sur les listes électorales représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne de référence) et stratification par région er catégorie d’agglomération. Enquête réalisée en ligne. Date de terrain : du 13 au 22 mai 2016 .

Selon Marek Kubista, il est obligatoire de la part d’un média de publier une note dans lequel est inscrit le mode de questionnement du sondage ainsi que la quantité de personnes interrogées.

Nous avons donc décidé de voir s’il était possible de retrouver l’enquête complète et ainsi analyser les chiffres en fonction des données reçues. Première constatation, la recherche n’est pas simple. De nombreux sondages sur les mêmes thématiques rendent la navigation Google un peu plus compliquée que prévu. Mais le résultat de cette recherche est édifiant car nous avons pu retrouver le sondage en question. Premier point, il n’est qu’une partie de l’enquête de l’institut qui détaille de manière plus complète la tenue de ce sondage. Second point, la totalité du dossier comporte plus de 38 pages. Les résultats publiés dans l’édition du Figaro ne représente… qu’une seule page !


Recherches sondages par MCETV

Le rôle majeur de la Commission des sondages

Afin de pouvoir assurer un meilleur rendement, il existe la commission des sondages. Un organisme public rattaché au conseil d’Etat qui a pour but de mettre en application la loi n°2016-508 du 25 avril 2016 qui vient en complément de celle du 19 juillet 1977. Celle-ci précise sur son site internet que sa mission est :

Elle introduit dans la loi la définition du sondage. Elle étend son champ d’application à tout sondage portant sur le débat électoral. Elle complète la liste des informations devant accompagner la publication des résultats d’un sondage ainsi que celle des informations devant figurer sur la notice. Elle prévoit la mise en ligne des notices sur le site de la commission. Elle précise les pouvoirs de la commission quant à la publication des mises au point qu’elle prononce. Enfin, elle énumère les sanctions applicables

La commission des sondages a donc pour but de vérifier la valeur des enquêtes publiées dans les médias et surtout la possibilité de les retracer pour les lecteurs. Quand on réalise un sondage, on leur envoie une notice avec tous les échantillons interrogés et toutes les modalités et techniques d’interrogation et eux vont pouvoir valider cette interrogation, explique à MCE Marek Kubista.

La commission peut-elle faire correctement son travail ?

Cependant, un sondage est une commande. Les instituts fournissent un travail demandé par un tiers et donc sont dans l’obligation de donner les résultats. Comment, dans un tel procédé, la commission des sondages peut-elle contrôler ou informer un lecteur de la mauvaise tenue de l’enquête ? S’il arrivait que selon eux le sondage était mal réalisé, le journal devrait publier une notice indiquant que le sondage n’avait pas de valeur, ajoute le directeur d’étude qui martèle que oui, il y a contrôle.

De son côté, la commission des sondages affirme faire son travail de manière irréprochable. Cependant, plusieurs polémiques viennent jeter un doute sur ces contrôles. Toutes les enquêtes ne seraient pas contrôlées par la commission. En effet, un papier de l’AFP publié dans la Dépêche en 2012 détaille que la Commission des sondages a pour mission de contrôler les sondages publiés, soit moins de 10% des enquêtes d’opinion réalisées, leur écrasante majorité étant confidentielle. Une inquiétude à laquelle répond Marek Kubista :

Effectivement, si l’on prend en compte toutes les enquêtes d’opinion qui sont réalisées, les études autour du débat électorale restent une partie infime du travail de la commission. Il y en a tellement que le travail est trop important. D’ailleurs toutes les enquêtes d’opinion ne touchent pas nécessairement à la politique

La commission des sondages plusieurs fois interpellée par les politiques

Une autre polémique a même levé un doute sur l’efficacité de la commission. En effet, en 2015, Claude Bartolone, était candidat à la présidence de région avec Valérie Pécresse. Celui-ci s’était alors insurgé contre un sondage réalisé par Opinion Way pour Valeurs Actuelles :

Je n’ai aucune confiance en ce sondage. Il est donné par une véritable presse militante. Quand on sait les méthodes de fonctionnement d’OpinionWay… Je saisirai la commission des sondages

S’il a demandé à saisir la commission c’est que la notice du contrôle n’était pas apposée à côté de l’article. Et pire, c’est qu’il n’y avait que peu de chance que cette enquête ait été contrôlée. Même cas de figure en 2007 avec Ségolène Royale qui avait aussi chargé le même institut de sondage après un débat du second tour des présidentielles 2007 qui l’opposait à Nicolas Sarkozy. En 2009, c’était au tour du quotidien le Figaro de se justifier sur la tenue de certains sondages commandités par Nicolas Sarkozy en personne, selon la Société des Rédacteurs du quotidien. Un lien fort subsiste donc entre les hommes politiques et les sondages d’opinion. Pourrait-on y voir un vice de forme sur leurs valeurs ?

Politique et sondage, pas d’alliance mais…

Pour en savoir plus sur la relation qui oppose les instituts de sondages et les politiques, nous sommes parti à la rencontre d’Eddy Fougier, politologue à l’IRIS et spécialiste des questions de politique française. Pour lui, la réponse est évidente :

On fait dire aux sondages un peu ce que l’on veut. Les hommes politiques savent s’en servir. Une étude favorable et on entendra des phrases comme ‘les Français le savent bien’ ou ‘les Français pensent comme moi’. Un mauvais sondage ils diront ‘ça va, ça vient… on ne va y attacher beaucoup d’importance’.

Il y a donc une instrumentalisation des sondages par les hommes politiques d’un côté ou d’un autre. On sait d’ailleurs que le rapprochement se fait même officiellement dans certains cas. Pierre Giacommetti, un consultant en stratégie d’opinions et de communication, ancien directeur général du cabinet d’Ipsos, a créé en 2008 avec Alain Péron une société de conseil en stratégie et en communication Giacometti Péron & Associés. Une société avec lequel ils ont facturé 65 000 € par mois à l’Élysée pour leurs activités de conseil. Je ne dirai pas qu’il y a un rapprochement officiel entre sondeurs et politiques », lance Eddy Fougier à MCE, mais ajoute qu’ « il y a quand même un petit quelque chose.


Politique et sondages par MCETV

Malgré tout, il est de notoriété publique que les hommes politiques utilisent les sondages pour organiser leur carrière. Les médias payent les sondages, ils les payent même très cher, pour un sondage par téléphone avec un panel représentatif, il faut compter plusieurs milliers d’euros, explique Marek Kubista. Quand on comprend qu’un média réalise la fidélisation de ses lecteurs par sa ligne éditoriale, peut-on être en droit de se demander si une commande de sondage n’est pas aussi demandé avec un résultat déjà pré-programmé ?

Le rapport en média et institut est trop proche de celui de client-commerçant

C’est plus sur la façon dont les sujets sont traités que sur le sondage en lui-même, explique Eddy Fougier. Le Figaro va plus traiter des sujets sur la sécurité, Libération sur des questions de mœurs. Il y a déjà le thème, mais aussi la formulation des questions qui vont donner des questions plutôt positives ou négative, ajoute le politologue. Mais la principale question, c’est de savoir ce qu’en fait la presse :

Le média va mettre l’accent sur un aspect de l’enquête qui intéresse sa ligne éditoriale ou sa ligne idéologique. Il va aussi en ignorer d’autres c’est certain. Mais je ne pense pas que les médias aillent jusqu’à triturer les sondages.

Il reste néanmoins la question de l’affiliation des instituts de sondages en fonction des médias. En effet, Opinion Way a fréquemment comme client le Figaro, alors que Ipsos sera surtout lié au Monde. Pour Marek Kubista, employé chez Opinion Way, on voit que la plupart des instituts travaillent pour la totalité des média. Il existe néanmoins une forme de partenariat sur des sondages d’intentions de vote ou des baromètres de popularité, mais ça n’empêche pas les instituts de sondages de travailler avec tous les médias, précise le directeur d’étude.


Médias et sondages par MCETV

Il ne faut d’ailleurs pas oublier que les sondages sont payants. Ce qui met la relation entre les deux parties au même niveau que celui de clients qui finance un service. Dans l’intérêt des instituts de sondages, il est nécessaire de fournir un travail complet et intéressant pour fidéliser son client. Si celui-ci est content, il est logique qu’il se retourne vers ce même institut. Comme un lien de confiance qui réunit les politiques, les médias et les instituts de sondage… Désormais vous ne lirez plus un sondage de la même manière.