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Hollande et la Guerre au Mali : confrontation ou fuite en avant ?

Hollande et la Guerre au Mali : confrontation ou fuite en avant ?

On entend dire ici et là que François Hollande, dont l’attitude fuyante a été maintes fois raillée par la presse, aurait recouvré de l’autorité, de l’aplomb, revêtant avec courage son costume de chef des armées. Mais cette guerre au Mali ne ferait-elle pas office d’outil de diversion de l’opinion publique française, quand bien même plusieurs lignes de fronts délicates se dessinent sur la scène domestique ? Ne révélerait-elle pas, de fait, une fuite «en avant» du chef de l’État ?

Un président va-t-en guerre, fort face à l’adversité, courageux, ou bien… un président fuyant, évitant, qui se cache derrière l’étalage de la force ? François Hollande chercherait à se débarrasser de l’étiquette d’un homme qui manque d’autorité et craint la confrontation par ce départ en guerre, note la presse. La stratégie de «fuite en avant» est un concept utilisé par les psychologues. Elle consiste en un réflexe à se dérober dès lors qu’un problème se présente.  On va alors s’occuper, se jeter corps et âme dans d’autres activités, pour oublier le problème en question. Ce n’est ni plus ni moins qu’une politique de l’autruche (…), rapporte un article complet, sur le site Au Féminin.

Stratégie de diversion de l’opinion publique

En l’occurrence, il s’agirait notamment de reléguer au second plan les problèmes majeurs rencontrés par le chef de l’Etat, sur la scène intérieure.Les deux fronts intérieurs sur lesquels sont en jeu l’autorité et le crédit présidentiels sont loin d’être apaisés (« Les trois guerres de François Hollande », Lemonde.fr), fait remarquer Gérard Courtois, à propos des deux batailles du gouvernement contre le chômage et pour le mariage homosexuel. Il conclut sur les « bénéfices » que tirerait Hollande de cette guerre au Mali : l’avantage qu’il peut en tirer, au moins dans l’immédiat : balayer, notamment, les procès en irrésolution sans cesse dressés contre lui .

Il est certain que, en ce début d’année, les nouvelles n’ont pas été des plus réjouissantes en France. Le projet de loi sur le mariage gay passionne et déchire ces mêmes Français que le président entendait «réconcilier». En tout cas, médiatiquement, le conflit au Mali a éclipsé aujourd’hui les cortèges de dimanche , avance la chroniqueuse Aurore Gorius, dans les pages du Nouvel Observateur (« Mali, une intervention à haut risque pour François Hollande »). Et si François Hollande a défini la lutte contre le chômage comme une priorité, les pronostics, avancés mi janvier par l’Unedic, ont revu à la hausse le nombre de chômeurs en 2013. De quoi donner du grain à moudre à l’opposition.

Ce départ en guerre tombe donc à pic. L’appel au secours du président malien au chef d’état français se serait donc présenté comme un plan de sauvetage du président français. Car guerre rallie les Français et les politiques dans un consensus national, relègue au second plan les sujets brûlants de la politique intérieure. L’esprit d’union nationale doit s’imposer à tous et prévaloir sur les querelles subalternes , a affirmé un des leaders même de l’opposition, le président de l’UMP Jean François Copé.

La fuite en avant, un réflexe périlleux…

Outre le problème de l’instrumentalisation d’une guerre à des fins domestiques, moralement répréhensible, le réflexe même que constitue la fuite en avant s’avère des plus périlleux.

Ce type de réaction peut aussi vous amener à foncer tête baissée dans le problème que vous redoutez, sans prendre le temps d’analyser les tenants et les aboutissants, met en garde ce même article consacré à la fuite en avant et à ses conséquences. Cette réflexion semble d’autant plus pertinente que le départ en guerre de François Hollande en a en effet marqué plus d’un, de par son caractère précipité et peu préparé. Azzadine Bensouiah, journaliste politique au quotidien Liberté note que, ce qui a avant tout étonné en Algérie,  c’est l’empressement de la France à passer à la solution militaire. Le vice-président de l’UMP déplore également une action peu préparée. Laurent Wauquiez, lors d’une interwiew accordée  au « Monde », affirme qu’un sentiment d’impréparation domine. La France est intervenue au Mali sans travailler à la construction d’une coalition en amont, affirme-t-il. Il manque un travail en commun qui aurait été fait avec l’Algérie, permettant d’asseoir notre intervention au Mali sur une véritable collaboration. Il dénonce également l’absence de stratégie claire du chef de l’Etat sur le sens de la présence française au Mali. L’entrée en guerre de la France s’est faite sans l’aval d’un mandat de l’ONU, sans consultation du parlement ni du gouvernement, dénonce de son côté Jean-Luc Mélenchon. La définition de cette guerre en tant que lutte contre le terrorisme a également été jugée hâtive et facile par certains.

Ce départ en guerre précipité met à mal la relation franco-algérienne. La presse algérienne fustige ce départ en guerre français. Depuis le début de la crise malienne, Alger s’est opposé à une opération militaire, privilégiant le dialogue, et arguant du principe de non ingérence. Si le pays a apporté son soutien aux opérations françaises, il se sent acculé par la France qui a négligé de collaborer et de trouver une solution en commun avec son ancienne colonie. On a forcé la main au président algérien Bouteflika pour qu’il autorise l’aviation française à survoler son territoire , déplore Fherat Zafane, rédacteur en chef des Dépêches de Kabylie, dans Afrik.com. L’Algérie, pourtant en première ligne, connait bien mieux le terrain. Ce pays limitrophe du Mali qui subira directement les conséquences de la guerre, et semblerait donc plus concernée par ce conflit que son ancien colonisateur. On a pu l’observer lors de l’épisode sanglant de la prise d’otages d’In Amenas. Et alors que la France vient à peine de reconnaître la souffrance qu’elle a infligé à l’Algérie lors de la colonisation, alors que les deux pays ont affiché la volonté de tourner la page pour prendre un nouveau départ et écrire une Histoire nouvelle, en commun…Ne nous étonnons pas donc si « l’attitude néo-colonialiste de la France » est critiquée, une fois de plus.

Jeanne Dorllan

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