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L’enquête criminelle : une traque sans merci des tueurs en série

L’enquête criminelle : une traque sans merci des tueurs en série
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Samedi 6 avril, Stéphane Bourgoin menait un nouveau débat d’une main de maître, accompagné de nombreux experts de la criminologie pour entrer en profondeur dans l’enquête criminelle

Après l’enfance des criminels et l’esprit du tueur en série, MCE était présente au nouveau débat organisé par Stéphane Bourgoin dans le cadre de l’événement inédit en France, Sur la route du crime.

Jean-Claude Mulès, commandant de la brigade criminelle au 36 Quai des Orfèvres, a collaboré à de nombreuses enquêtes (Human Bomb, Paulin, Guy Georges…) ; Ginette Bizeul est experte en écritures, et Fabien Cozic expert en cybercriminalité. Tous ces intervenants étaient réunis pour débattre autour de l’investigation criminelle, qui donne du fil à retordre à tous ceux qui traquent les tueurs en série.

Un premier cliché a été abordé. Le milieu de l’expertise judiciaire est totalement différent en France des Etats-Unis. A travers les séries, les experts savent tout faire en un minimum de temps. Ginette Bizeul est pourtant formelle : elle met 20 à 30h pour déterminer des écritures. Le système de profilage à l’américaine, selon les intervenants, ne peut pas avoir lieu en France. Nous on sent les choses, les anglo-saxons sont beaucoup plus rationnels, explique le commandant Jean-Claude Mulès.

L’empathie, une qualité nécessaire

Pour faire parler un tueur, il faut se mettre à sa place. Le commandant assure que celui qui coopère a un besoin impérieux de libérer sa conscience. Et s’il ne veut pas parler, le poids psychologique sera tellement fort qu’un jour ou l’autre, sa conscience le rattrapera et l’obligera à se livrer… Pour M. Mulès, qui se définit lui-même comme un gynécologue de l’esprit, l’empathie est un véritable don. On m’a toujours confié les criminels les plus retors. J’avais ce mélange de psychologue et de profiler, et presque une volonté d’aimer leurs travers pour les comprendre, explique-t-il. Le commandant évoque une anecdote éloquente. Lorsqu’il interroge Mamadou Traoré, le tueur aux mains nues, il lui parle de football pour le mettre en confiance : Il avait toujours voulu être un grand joueur donc je l’ai flatté sur cette frustration. Ginette Bizeul a elle aussi cette faculté d’empathie, qui pousse les suspects dans leurs retranchements. Moi mes suspects se mettaient toujours à pleurer avant de passer aux aveux, je ne me l’explique pas !, lance-t-elle en riant.

Les bons mots

Le bon sens, c’est le dernier rempart devant l’abîme de la connerie !, lance Jean-Claude Mulès, toujours piquant. Face au serial killer, il faut une maîtrise complète de la sémantique pour être extrêmement précis. Une technique utilisée par Stéphane Bourgoin lors de ses entretiens avec les tueurs en série les plus machiavéliques de l’Histoire. Pour ne pas les braquer, le spécialiste manie la langue avec tact : j’utilise par exemple le mot ‘acte’ plutôt que ‘meurtre’ ou ‘crime’. Ça permet de ne pas couper le contact. Et pour adapter leur discours, les enquêteurs savent que le psychopathe n’est pas une « crapule », et inversement. Un assassin tel que Thierry Paulin (tueur de vieilles dames) agit dans un but pécuniaire, alors qu’un tueur en série psychopathe n’a aucune raison de tuer. Son mobile est purement sadique, il aime voir souffrir ses victimes. Cette nuance que les enquêteurs ont en tête les aide à choisir leurs mots pour apprivoiser ce type bien particulier de criminel.

La cybercriminalité a le vent en poupe

Avec Internet, tout devient plus simple pour les agresseurs. Les nombreuses formes de communication sont devenues une manne pour les délinquants qui veulent traquer leurs proies. Tout devient plus simple et rapide. Fabien Cozic explique que grâce à leurs pots de miel, les experts attirent ainsi les personnes déviantes sur de faux sites pédopornographiques. Les modes opératoires des criminels sont révélateurs de la personnalité de l’auteur, sur Internet, c’est pareil. Un certain nombre d’indices nous permettent de mieux le connaître. Des tueurs tels que Luka Rocco Magnotta se servent d’Internet pour mettre en avant leurs crimes. Pour M. Mulès, Internet est une sorte de protection pour le tueur qui se cache derrière la barrière de la virtualité.

Pour Jean-Claude Mulès, aujourd’hui, l’enquête criminelle c’est à 70% la téléphonie et l’ADN, les 30% restants sont le pif du flic. La police technique et scientifique a évolué depuis les années 70 et surtout depuis l’affaire Grégory car de nombreuses erreurs ont été commises. Autrefois délaissée, la police scientifique est aujourd’hui une valeur sûre.

Lauren Clerc