fbpx
Culture
Partager sur

My Friend Dahmer : Stéphane Bourgoin nous parle de l’un des pires tueurs en série

Partager sur Facebook

À l'occasion de la sortie du film My Friend Dahmer, Stéphane Bourgoin expert en criminologie nous parle de l'un des pires tueurs en série qu'est connu les États-Unis.

My Friend Dahmer sortie en e-Cinéma ce vendredi et retrace l’adolescence de l’un des pires serials killer des États-Unis. L’expert Stéphane Bourgoin, auteur et aussi l’un des plus grands spécialiste en criminologie, a répondu en exclusivité au micro de MCE.

Stéphane Bourgoin expert en serials Killers et profilage criminel

C’est au micro de MCE que Stéphane Bourgoin répond à nos questions.

Pourquoi étudier et interviewer ces tueurs en série ?

Si j’ai commencé à interroger et interviewer des tueurs en séries à partir de 1979, c’est à cause du meurtre et du viol de ma compagne en 1976. L’assassin a avoué aussi une dizaine d’autres crimes. Et à cette époque là, le mot et le concept de serial killer n’existe pas encore. On les qualifie de manière erronée de tueurs fous. J’ai voulu en savoir plus après avoir eu accès aux aveux du tueur en tant que partie civil. Je me suis rendu compte qu’il n’existait aucun ouvrage ni d’études sérieuses en la matière. C’est donc petit à petit que je me suis dit qu’il fallait, pour en savoir plus, que j’aille à la source et donc interroger ces tueurs en série.
C’est vraiment en autodidacte que j’ai commencé à étudier ces tueurs en séries. Encore maintenant, près de 40 ans plus tard, je n’ai pas l’ombre d’un diplôme, je ne suis ni gendarme, ni magistrat, ni policier. Même si je travaille avec le FBI, la police Sud-Africaine et d’autres forces de police à travers le monde.

Y-a-t-il un serial killer qui vous a le plus fasciné ?

Non aucun… J’aurais aimé ne jamais en rencontrer, le moindre d’entre eux. Mais il y en a deux qui m’ont intéressé plus particulièrement. Le premier c’est Donald Harvey qui a été assassiné en prison en 2017. Il se montre lors de nos entretiens d’une froideur totale et absolue et il n’a pas l’ombre d’un remord, mais qui en même temps, se sent en confiance au fur et à mesure de l’entretien. À un moment donné, je lui pose la question pourquoi n’a-t-il pas tué pendant un certain laps de temps ? Et là, il m’avoue 17 crimes supplémentaires dont il n’était même pas suspecté.

Que se passe-t-il à ce moment là ?

En m’avouant ses crimes, il prend un risque personnel considérable parce qu’il avait plaidé coupable en 1987 pour éviter la peine de mort. Et le deal avec les autorités c’était « j’avoue tout » et en échange je n’écope pas de la peine de mort. Sauf que là, il m’avoue avoir caché 17 crimes. Il m’écrit, hors caméra, le nom des 17 victimes et je confie cette liste et l’enregistrement au FBI et aux enquêteurs de l’Ohio et du Kentucky. Ils décident, après un certains temps d’investigation, qu’il est bel et bien responsable de ces 17 crimes. Mais ils décident de ne pas le poursuivre, tout simplement parce que cela aurait coûté des dizaines de millions de dollars pour réouvrir l’enquête. De plus, Donald Harvey ne pouvait bénéficier d’une libération conditionnelle hypothétique qu’à l’âge de 91 ans. À ma demande, ils ont prévenu tous les proches des 17 victimes.

Et quand est-il du deuxième ?

Le second est Edmund Kemper avec qui j’ai un peu plus de 300 heures d’entretien. C’est un tueur dont le quotient intellectuel dépasse celui d’Einstein. Il mesure 2m15 pour 160 kilos, il est donc forcément très très impressionnant. Lors des premiers jours d’interrogatoire, juste une petite table nous sépare, et quand je lui pose une question qui ne lui plaît pas il se penche par dessus la table et appuie son nez fortement contre le mien et me dit « Stéphane, peux-tu me répéter la question ? ». Bon au bout de quelques jours, il m’a dit avoir fait ça pour rigoler et s’amuser. De la même manière, il me raconte une anecdote ou il menace un des agents du FBI qui l’interrogent, de les décapiter à mains nues pendant que les gardiens font une autre chose dans la prison. C’est une manière pour lui de faire preuve d’humour.
De la même manière, lorsqu’il tue et décapite de jeunes étudiantes, il enterrait les têtes coupées dans le parterre de fleurs favori de sa maman, qu’il tue par la suite…

Le pire récit d’un serial killer ?

Tous les récits sont, par essence, effroyables. Le pire c’est peut-être ce tueur en série Sud-Africain, Stewart Wilken. Lorsque je l’interroge il est uniquement suspecté du meurtre de sa propre fille. Je le mets en condition et tapisse les murs entier de sa salle d’interrogatoire de photos d’enfants. Une pièce très petite et sans fenêtre, assez claustrophobique. En permanence, il regardait ces photos et j’ai senti qu’il commençait à se fissurer d’un point de vue psychologique. Il finit par m’avouer le meurtre de sa propre fille et aussi d’autres enfants. Les corps de ses victimes dénudées sont déposé devant les entrées d’écoles afin de choquer les enfants qui rentrent à l’école le matin. Il profanait également les corps enterrés des semaines plus tard.

Que faites-vous alors ?

Avec la police Sud-Africaine, je me rends dans son cimetière privé et l’on découvre au milieu de la nuit tous ces corps d’enfants et c’est effroyable. Stewart Wilken raconte ses meurtres de la façon la plus froide qu’il soit sans aucun affecte, ni l’ombre du moindre remord. Depuis, sa condamnation est de 1.400 années de prison. Il n’y a plus de peine de mort en Afrique du Sud, mais les peines se cumulent, 30 ans par meurtre, puis 30 ans par viol, etc.

Comment faites-vous pour obtenir des confessions auprès des serials killer ?

Il faut comprendre que les serials killer sont des psychopathes. La psychopathie n’étant pas une maladie mentale mais un trouble du comportement. On a à peu près dans toute société entre 3 à 5% de psychopathe. Dont 98% des serials killers sont des psychopathes, c’est à dire des gens qui n’ont pas de remord, pas d’affecte. Ce sont des manipulateurs et menteurs qui chosifient et dépersonnalisent leurs victimes. Mon but est d’arriver à ouvrir la porte de communication.

Comment procédez-vous ?

Je tente à mon tour de manipuler ces individus. Je ne parle jamais de leur crime dans un premier temps. On parle de leur enfance, de leurs rêves d’enfant. Je deviens en quelques sorte leur confident, voir leur « ami ». Je vais mentir et je ne porte pas de jugement envers eux. J’analyse leur comportement, leur vocabulaire, voir comment ils réagissent en fonction des questions que je pose. Et ainsi réussir à les faire s’ouvrir et avouer petit à petit leurs crimes.

Comment fait-on pour emmagasiner tous ces récits horribles et continuer à vivre normalement ?

Je n’ai aucun problème à gérer ce genre de chose car lorsque je mène les entretiens, je joue un rôle. De façon très curieuse c’est comme une expérience de « Out of body experience ». Lorsque je suis confronté à l’individu face à moi, j’ai le sentiment d’être au dessus et de voir quelqu’un qui pose ces questions. Évidement, ces entretiens sont stressants, c’est beaucoup de tension et de préparation, on est vraiment sur le fil du rasoir. Après, on est tellement épuisé que l’on dort très très bien. J’ai appris à le gérer, j’en discute avec mes proches. Le fait d’en parler lors de conférences, d’écrire des livres et de faire des documentaires permet de mettre les choses à distance. Et puis, je suis passionné aussi par autre chose, je suis bien meilleure en cuisine que serial killer.