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Ma Famille d’abord: pourquoi la série culte serait aujourd’hui problématique

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Ma Famille d’abord a beau être une série culte, elle s’est parfois montrée grossophobe et homophobe… Retour en arrière et décryptage !

Le prince de Bel Air, Phénomène Raven, Malcom, Les frères Scott… Nombreuses furent les séries à bercer nos rendez-vous cathodiques dans les années 90 et 2000. Soit bien avant l’arrivée et la désormais puissance Netflix. Chacun avait sa favorite, sa série doudou, dont il ne manquait pas un seul épisode, au péril de sa vie. Mais parmi elles, il y en avait une qui faisait l’unanimité ou presque : Ma famille d’abord. (« My Wife and Kids » en V.O).

Le programme, qui a fait les beaux jours de la chaîne M6 à partir de 2003, jouit d’une aura culte (ses nombreuses rediffusions n’y sont pas pour rien). Il faut dire que ses gags avaient un je ne sais quoi d’efficace. Et qu’il était compliqué de résister à cette charismatique famille afro-américaine aux membres caricaturaux mais ô combien attachants. Si bien qu’on a tous un jour rêvé d’être adopté par la famille Kyle ! Pourtant, quelque chose (voire même plusieurs) nous chiffonne. Si la série sortait en 2019, après des mouvements comme « Black Lives Matter », « Balance ton porc » etc… connaîtrait-elle le même engouement ?

Ma Famille d’abord: Remettre les choses dans leur contexte

Attention, loin de nous l’idée de désacraliser la fiction qui a biberonné tant de nos lecteurs. L’auteure de ces lignes elle-même ne résiste jamais devant une bonne petite rediffusion. Alors qu’elle a vu chaque épisode trois ou quatre fois… au bas mot. D’autant plus qu’il faut remettre les événements dans leur contexte et époque. Dès lors, comment ne pas penser aux polémiques liées à une autre série culte, à savoir Friends ?

Celle-ci a été insultée d’intolérance envers bien des communautés. Mais au moment où elle était diffusée, scénaristes, acteurs et spectateurs n’étaient pas aussi avertis qu’aujourd’hui. De la même façon, nous serons conciliants avec Ma famille d’abord. Mais trouvons nécessaire de pointer quelques éléments qui fâchent sérieusement… Un article à envoyer de toute urgence aux showrunners qui auraient la (fausse) bonne idée de faire un reboot de la série !

Ma Famille d’abord, une série misogyne ?

D’abord, la vision de la famille, très… misogyne. Le titre original, « My wife and kids » soulève que le point de vue adopté est avant tout celui du patriarche, Michael. Si ce papa nous fait souvent rire aux larmes, il faut avouer qu’il a une vision de la femme très rétrograde. C’est pourquoi il rêve que Janet cesse toute activité professionnelle pour s’occuper des tâches ménagères et de leurs trois enfants. Ou que Claire conserve sa virginité à vie. Il est d’ailleurs malsain de voir à quel point il est obnubilé par la vie sexuelle de sa propre fille. La suivre jusqu’à l’hôtel dans un unique épisode sur plusieurs saisons, OK, why not. Que cela soit un gag récurent est en revanche inquiétant et désespérant.

Sexisme toujours, quand Janet renvoie à la caricature de l’emmerdeuse une semaine par mois (#lesanglaissontlà). Ou à la femme obsédée par son apparence. Même si à ce jeu-là, c’est l’ado Claire qui remporte la Palme. Coquille vide, la plupart des gags autour de sa personne concernent son rapport à son reflet. Oui, on en rit, il faut le concéder. Mais il est dommage de montrer aux jeunes ado qu’à part être jolie, les filles n’ont pas grand chose à offrir pour se faire apprécier.

Ma Famille d’abord: Janet Kyle, cible de grossophobie

Apparences, encore et toujours, quand Janet prend du poids. Pour la petite tribu, et surtout Michael (encore une fois), ça ne passe mais alors vraiment pas. Et allez, qu’on enchaîne les blagues de mauvais goût sur le coup de fourchette de la matriarche. Lui faisant clairement comprendre que non, avec ses kilos en trop, elle n’a plus rien de désirable. Ou même de respectable. Apothéose de la grossophobie quand celle-ci a une épiphanie à travers un rêve. Ou plutôt un cauchemar : elle voit alors chaque membre de la famille obèse. (Ce qu’elle n’était guère, il est bon de le préciser). Pour elle, les voir s’empiffrer vire au drame.

Elle prend alors conscience de sa « faute » et s’engage dans des régimes jusqu’à la fin de la série. Si bien que ses complexes quant à ses petites rondeurs la définiront presque (shame !) Certes, on peut y voir un message sanitaire mais reconnaissez que si tel est le cas, il est des plus maladroits…

Ma Famille d’abord: Franklin, autre cible des moqueries

Maladresse bis, quand on évoque le personnage de Franklin, petit génie et amoureux de la cadette Kyle, Kadie. Raffiné et amoureux des arts, il doit subir au quotidien les brimades de Michael. Qui, pour l’imiter, se montre généreux en gestes efféminés du plus mauvais goût. Sous-entendant que seul un homme gay peut être aussi délicat et admirateur de musique classique… (sic) Le genre de running gag que l’on retrouvait par poignée à l’orée des années 2000 mais qui ne passeraient plus à l’antenne aujourd’hui. Sauf si Jean-Marie Bigard signe avec Netflix bien sûr (smiley clin d’œil).

Mélissa Chevreuil