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Elite peut-elle vraiment nous faire oublier La Casa de Papel ?

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Le nouveau cru ibérique estampillé Netflix Elite est-il du même calibre que la série de casse La Casa de Papel ? MCE la passe au crash test !

Attention, l’article qui suit sera généreux en spoilers concernant les deux séries espagnoles La Casa de Papel et Elite. Vous voilà prévenus !

Exit, l’époque où nos voisins espagnols n’étaient bons qu’à pondre de candides soaps pour ados comme Un Dos Tres ou Physique ou Chimie. Le succès surprise de La Casa de Papel au printemps dernier l’a prouvé. La langue de Cervantès a le vent en poupe. C’est donc tout naturellement que Netflix a lancé en grande pompes Elite, son nouveau teen drama. L’Espagne est-elle en passe de marquer un doublé cathodique ? Votre fidèle et sérivore serviteur vous dit tout.

La Casa de Papel et Elite, deux plaisirs coupables

Toute série commence par son pitch. Celui d’ Elite n’a rien de bien novateur. Suite à la destruction de leur lycée, trois élèves prolétaires accèdent à l’établissement le plus prestigieux du pays. Là où s’y concentre toute l’élite, ou leurs antagonistes naturels.

Aussi, et dès l’épisode inaugural, on prêtera bien volontiers à Elite des liens de parenté avec des fictions comme Gossip Girl. Un autre plaisir coupable glamour s’il en est. Mais aussi 13 Reasons Why pour son traitement de problématiques typiques de cette délicate transition vers l’âge adulte. Pêle-mêle, le coming-out, la drogue ou encore les rapports sexuels non-protégés. D’autres pointeront du doigts des affinités avec des programmes comme Riverdale, Pretty Little Liar ou encore Big Little Lies pour le côté thriller à suspense.

Bref, concrètement, Elite a tout du divertissement à consommer d’une traite. L’auteure de ces lignes sait de quoi elle vous parle, ayant passé son week-end devant Netflix ! C’est d’ailleurs l’un des premiers points communs entre le teen drama et La Casa de Papel, sa mère illégitime : ce côté délicieusement addictif. Pour une série comme pour l’autre, les ficelles sont grosses comme des camions, les retournements de situation too much à souhait. Sans évoquer l’aspect soapesque, qui fait la sève des deux fictions, et cela sans aucune modération.

L’exemple le plus concret étant celui des couples. Dans La Casa de Papel, d’aucuns ne doutent que le professeur ravira le cœur de la jolie Rachel (à peine désolé du spoiler). Dans Elite, la romance entre Guizman et Nadia a beau être charmante, elle est un peu trop évidente. (Toujours aussi peu désolée pour ce second spoiler). Mais il n’empêche que le spectateur prend toujours un malin plaisir à appuyer sur « play » !

Trop de soap tue le soap ?

Le duo Guizman/Nadia nous amène pourtant à un autre point commun, moins glorieux cette fois-ci. Le sempiternel manichéisme qui habite les deux programmes. Chaque personnage a un (trop) bon fond et n’est jamais mauvais bien longtemps. Le bad boy se révèle être un garçon au cœur tendre (Guzman dans Elite, Berlin dans La Casa), la hippie délurée une victime aux nombreuses fêlures (Marina versus Toyko), et on en passe et des meilleurs. Là-dessus, il faut l’avouer, les deux programmes manquent franchement de modernités et in fine de nuance. Comme si tout devait forcément devenir tout blanc, par la force des choses.

La faute audit caractère soap, qui est sa force (confère paragraphe plus haut) mais aussi sa faiblesse… Si les tribulations sentimentales des personnages sont parfois kitch à souhait, elles peuvent aussi être maladroite et très évitables. Dès lors, comment éluder le coming-out forcé d’un des personnages d’Elite qui, soumis à un interrogatoire forcé, révèle qu’il ne supporte plus de se faire passer pour… un hétérosexuel ? Eh non, juste un joueur de tennis. Oui, vous avez bien lu. Si, à froid, la scène semble risible, à chaud, elle laisse juste très pantois.

La Casa de Papel, seul et vrai amour

Mêmes qualités, mêmes défauts… Cela voudrait-il dire qu’Elite est bien la digne héritière de la Casa de Papel ? Et que, comme elle, elle va tout rafler sur son passage, devenant un véritable phénomène culturel ? Soyons francs, la réponse est plutôt négative mon commandant. OK, Elite n’évite pas certains écueils récurrents des fictions pour ados. Mais elle ne manque guère d’atouts.

Toutefois, il lui en manque un, des plus significatifs : le timing. Ou l’effet surprise. On s’explique : La Casa de Papel était très discrète dans le catalogue de Netflix jusqu’à, disons, mars dernier. Elle est pourtant arrivée sur la plateforme de SVoD en décembre 2017. Elle n’a bénéficié d’aucune publicité de la part du géant américain. Juste d’un bon bouche-à-oreilles.

Elite, elle, a été attendue, longuement annoncée, et particulièrement teasée par la firme de Los Gato. Netflix ne s’en cache pas : le but était de surfer sur la vague provoquée par les braqueurs rouges écarlates. Preuve en est, trois acteurs (Jaimie Lorente, Miguel Herran et Maria Pedraza) ont été récupérés.

Seulement voilà, on ne réussit pas à créer la surprise deux fois, et surtout pas de suite, et encore moins de façon aussi évidente. Autrement dit, si le spectateur ne boudera assurément pas le bijou ibérique… Il lui préférera forcément La Casa de Papel, coup de foudre inattendu mais ô combien sincère. Eh oui Netflix, en dépit de tous vos algorithmes, l’amour, ça ne se commande pas…

Sharon Ford