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Nekfeu: pourquoi même absent, il continue d’obséder la gent féminine (et pas que)

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Nekfeu détonne et sort du moule avec son public féminin à fleur de peau. Autopsie d’une stratégie musico-marketing rondement menée !

Demandez donc sur quel rappeur vos meilleures copines (et copains) fantasment. Le prolifique Roméo Elvis ? Loupé. Le phénomène Soolking ? Encore raté. Celui qui occupe leurs songes, encore et toujours, en dépit de la concurrence, reste un certain Ken Samara. Plus connu sous le petit nom de « Nekfeu ». C’est un fait : même loin des projecteurs, le temps d’une pause, le jeune homme alimente tous les rêves mouillés. Mais votre fidèle serviteur, elle, ne peut s’empêcher de s’étonner.

Comment le rappeur peut-il autant faire rêver même lorsqu’il est en congé ? Cadrons les choses d’entrées : les lignes qui vont suivre n’ont pas pour dessein de remettre en doute la plume ou le rap de Nekfeu. Mais davantage de comprendre comment le brun ténébreux est devenu un aimant à adolescent(e)s. Certains nous diront sans doute que ce n’est pas une première. Et que d’autres gros rappeurs de la scène actuelle aussi compte leur petite armada de bénies-oui-oui à souhait (JUL pour n’en citer qu’un).

Mais aucun d’entre eux n’a su conserver sa crédibilité urbaine tout en caressant les étoiles estrogènées. On pense à toi Colonel Reyel, petit ange parti trop tôt ! Alors Nekfeu, dis-nous, quel est ton secret ?

Nekfeu, un romantique qui parle aux littéraires

Pour mieux comprendre le comment du pourquoi, jeter un œil sur ses textes est un premier acte ô combien nécessaire. Surprise : pour un rappeur, c’est plutôt fédérateur, bon enfant et absolument pas belliqueux ou que si peu. Nekfeu ne cherche pas à vanter à l’envi l’importances des guns, vendettas, odeur de Beretta et on en passe et des meilleurs. A l’inverse, il préfère miser sur des refrains optimistes et volontairement candides. On Verra étant la plus célèbre illustration. Afin de proposer un rap plus cool, plus apaisé.

Mais aussi plus romantique. À l’inverse de nombre de ses confrères contemporains, Nekfeu mise, à l’instar du taulier Mc Solaar, sur des références savamment lettrées. Pour mieux titiller les Bac L. Aussi, au gré de ses textes, ses punchlines font références à Milan Kundera (Risibles amours), Jack London (Martin Eden) ou encore Maupassant (Holra). Une aura d’intellectuel torturé entretenue par sa storytelling perfectionnée à grands renforts d’entretiens.

Comme dans celui-ci accordé au Inrocks en 2015. Ou non content de partager la parole avec Virginie Despentes (référence littéraire actuelle s’il en est), le beau gosse évoque sa carrière d’auteur avorté. « Je me voyais beaucoup plus écrire que faire de la musique. Plus jeune, j’ai essayé de rédiger plusieurs histoires de science-fiction mais je n’ai jamais réussi à finir la moindre nouvelle. »

Nekfeu, gendre idéal ?

Ou dans cette interview au Monde où il confiait devoir sa sensibilité littéraire à sa maternelle. « Pas de télé pour moi, pas d’Internet chez nous. Très jeune, je lisais tout ce que je pouvais mais pas forcément les classiques […] Au collège, j’ai découvert Steinbeck puis j’ai lu toute son œuvre. » D’aucuns le savent : l’argument « merci maman » fait toujours mouche. Mais fait-il forcément du rappeur le gendre idéal ?

Il faut bien le reconnaître : Nekfeu laisse parfois le bon gros macho qui sommeille en lui prendre le dessus de la Force. Virevoltant de sa poésie riche et référencée à des promesses de parties de jambes en l’air à faire émoustiller le 7e ciel lui-même. « J’en connais un rayon. Je raconte pas de disquette. Elle a mordu l’oreiller comme si c’était un cheesecake » se vante-t-il dans Égérie. De la part de tout autre rappeur, le poncif sexiste (voire carrément misogyne) pourrait éreinter, blaser. Mais pas de la part de Ken.

Nekfeu, le rappeur qui traite les femmes comme des princesses

Pour Thomas Blondeau, auteur de Hip Hop, une histoire française, cette indulgence n’est pas anodine. « Nekfeu est parfois salace comme tous les garçons mais il ne ressent pas forcément le besoin de rabaisser les filles. Lorsqu’il dit des saloperies, c’est souvent pour la rime, pour la vanne, pour faire golri l’entourage, comme on le fait entre potes. C’est très potache mais on l’imagine aisément amoureux transi faire des courbettes à la fille qu’il aime. D’ailleurs, les filles sont souvent dans ses textes des princesses, des jolies filles décrites comme telles, plus rarement des putes méprisables. De fait, oui, il plait peut-être plus aux filles. Il a un côté finalement plus « accessible », moins « super héros intouchable ». »

Bref, en détournant les codes sans en avoir l’air, Nekfeu arrive à nous crier son envie de nous b**** sans nous outrer, avec classe et dignité. Joli. Et tout sauf hasardeux : le jeune homme ne s’en cache pas, le genre féminin reste pour lui une cible de choix. « Que mon album plaise aux femmes, ce serait une consécration. Pour plusieurs raisons, déjà parce que je me sens assez proche de la sensibilité artistique des femmes en général, que ce soit dans la musique ou dans l’écriture. Je suis resté longtemps avec une fille et mes gouts musicaux ont aussi évolué avec les sien » lâchait-il, l’air de rien, dans un entretien accordé à Melty Fashion.

Nekfeu, un cœur à prendre ?

Tout aussi conscient de son image désirable, le rappeur émule régulièrement ses fans en évoquant par énigme sa vie privée. À ce jeu, hautement lucratif, les magazines people et féminin ne sont pas en reste. Régulièrement, tel média lui attribue une petite amie quand d’autres mènent l’enquête pour savoir qui est son « égérie ». On vous laisse checker cela en tapant « Nekfeu célibataire » sur un moteur de recherche pour mieux jauger l’ampleur du phénomène.

Alors, certes, il n’est pas rare que la presse puise sur les émois sentimentaux des vedettes pour faire du chiffre. Mais les unes et scoops sont habituellement réservés aux candidats de télé-réalités ou acteurs volages. Plus rarement aux rappeurs, d’autant plus quand ils ne sont ni cogneurs conjugaux (coucou Rohff). Ni assimilés à d’influentes bimbos (coucou Kanye West). Réfléchissez : avez-vous déjà recherchez sur Google si 50 cent ou Lomepal avaient encore le cœur à prendre ? Non ? Voyez. Bref, vous pouvez enfin fantasmer sur Nekfeu comme des ados sans culpabiliser : tout est fait pour.

Mélissa Chevreuil