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Culture
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Damso: pourquoi le rappeur a (encore) tué le game du rap avec Lithopédion

Chez MCE on adore le rap français et on a passé le troisième opus de Damso intitulé Lithopédion au crash test et vous donne notre verdict !

Une nouvelle fois, Damso frappe très, très fort. Après « Batterie Faible », puis « Ipséité », le rappeur renverse les charts avec « Lithopédion », son troisième opus disponible depuis le 15 juin dernier. Et dire que le succès est au rendez-vous relèverait du doux euphémisme. Jugez plutôt. En une semaine seulement, 61 382 copies du disque se sont déjà écoulées. Plus fort encore. Au classement du top singles pour la semaine du 22 juin (téléchargement et streaming inclus), l’artiste place 11 morceaux aux 11 premières positions ! Chez MCE, on a voulu comprendre le pourquoi du triomphe, si bien qu’on a écouté l’album en boucle. Au-delà des nuits d’insomnie, voici notre verdict. Alert spoilers : à l’instar du public et de pas mal de confrères, on est totalement conquis.

Damso est toujours le roi de la punchline clinquante

Les plus fidèles admirateurs de celui qu’on décrit comme le digne hériter de Booba ne seront pas reçus. À nouveau, Damso signe un album poussé, travaillé, aux textes aux petits oignons. Ou des punchlines clinquantes comme s’il en pleuvait. Bien sûr, les 17 pistes qui constituent Lithopédion ne sont toutes pas toutes égales, et certaines se veulent –hélas- plus faibles que d’autres. La remarque vaut aussi pour les mélodies, pas toujours très raffinées. Aussi, certaines se veulent irrésistibles bien que ô combien classiques, comme « Festival de rêves ». Quand d’autres sonnent faux, car déjà entendues et un peu passées de mode. On pensera alors à l’estivale « Même issue » qui renvoie à du vieux Magic System.

Mais résulte un impressionnant travail de fond, révélateur d’une plume qui s’aiguise, plus acerbe à chaque nouvel opus. Rien que le titre de l’oeuvre en dit long. Le rappeur nous avait déjà imposé le terme Ipséité à notre vocabulaire. Soit « ce qui fait qu’un être est lui-même et non pas autre chose » selon Larousse. Grâce au Belge, nous pouvons désormais flamber en société en parlant de Lithopédion. Ce qui désigne un embryon mort ou un foetus calcifié. Vous l’aurez compris, le champ lexical de la noirceur est, ici, à son apogée.

Damson, un artiste définitivement sombre

Sans doute faudrait-il mieux vous prévenir. Si vous broyez actuellement du noir et carburez au Xanax, écouter Lithopédion n’aura absolument rien d’une sinécure. Echo sombre d’Ipséité, le Bruxellois s’enfonce encore un peu plus dans la noirceur et le cynisme. Tantôt avec des morceaux nappés d’une douce mélancolie morbide. Comme « Silence », petit chef d’œuvre en featuring avec Angèle (camarade belge qui cartonne actuellement avec « La Thune »). Mais aussi parfois avec virulence, comme sur l’introduction, où l’homme se veut particulièrement belliqueux. Pour la première fois, Damso propose un phrasé dur, voire violent, qui jure avec sa sempiternelle nonchalance.

Il faut bien l’avouer. William Kalubi, de son petit nom civil, offre à chaque nouvel album un décryptage de la société sans pareil. Parfois funeste, voire crépusculaire. Mais toujours authentique. Bien sûr, on ne peut ne pas aimer les idées prêchées par le personnage. Dès lors, comment ne pas évoquer sa réputation d’homme misogyne, qui a lui coûté l’hymne des Diables rouge pour la Coupe du monde 2018 ? Sauf que depuis, Damso se veut être un nouvel homme. Aux journalistes de Libération, il confie lire une sélection d’ouvrages féministes.

Des essais incontournables de Hannah Arendt aux plus modernes signés Virginie Despentes. Repenti, ou simplement curieux. Mais surtout désireux de ne plus voir ses mots si soigneusement choisis éreintées par la machine médiatique et l’opinion publique. Damso se veut paré pour faire face à de nouvelles incartades dont il serait accusé. En attendant, c’est lui qui accuse. Ou plutôt qui pointe , non sans nihilisme, les maux de notre société. Toujours auprès de Libération, l’artiste avait prévenu « Je me sens mort dans un corps en vie. J’ai l’impression de ne plus vivre les choses comme tout le monde. »

Lithopédion, un portrait de notre société

Mais qu’est-ce qui peut rendre l’artiste si prolifique aussi meurtri ? Nos turpitudes, pardi. Ainsi, il évoque sans filtre des thématiques quais interdites comme, pêle-mêle, le suicide. Mais aussi l’inceste, la pédophilie (troublante « Julien », notre préférée), le proxénétisme. Et, bien évidemment, le racisme, l’un des fers de lance de son travail. « C’est rien d’bien méchant, Il m’a juste traité d’nègre des champs » fredonne-t-il dans son introduction.

Et la femme dans tous cela ? Ici, difficile de la voir rabaissée à son statut de « vide-burnes » si chers à nos rappeurs francophones. À contrario, elle est présentée, au gré des titres, comme le talon d’Achille des hommes, au mieux. Comme un être humain parmi tant d’autres, fragile et esclave de ses désirs au pire. Oui, osons-le dire : Damso fait preuve d’une implacable parité. Et c’est aussi sans doute pour ça que nous avons aimé Lithopédion, son nouveau (mort-)né. Le rappeur offre un saisissant portrait de notre société contemporaine et des souffrances qui la rongent. On ne vous encouragerait pas à réviser vos cours de philo uniquement en écoutant l’album… mais presque !

Mélissa Chevreuil