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Aya Nakamura, Angèle, Chilla : il y a enfin de la mixité dans le rap game !

Aya Nakamura, Angèle, Chilla : il y a enfin de la mixité dans le rap game !

Elles s'appellent Aya Nakamura, Angèle ou Chilla et apportent de la féminité au rap game. Portraits de femmes passionnées et passionnantes.

Une nouvelle génération de femmes talentueuses est en train de changer le paysage du rap francophone. MCE  TV revient sur le parcours d’Aya Nakamura, Angèle et Chilla.

Rares sont les rappeurs qui ne parlent pas des femmes dans leurs morceaux. Bien souvent de manière dégradante et misogyne, qu’on se le dise.

Mais si les femmes semblent être des muses pour les artistes, il n’est pas encore question de leur laisser une place dans le rap game. Ce monde là reste en effet bien fermé.

Vous connaissez sûrement le morceau de rap Bande Organisée devenu le phénomène musical du moment. C’est le single rap le plus streamé de l’année 2020. 8 rappeurs participent à ce feat, et pas l’ombre d’une femme !

D’ailleurs les rappeuses marseillaises contre-attaquent ! En réponse à ce tube elles sortent leur version féminine. « Je suis dans le game y a rien à faire » lance Tehila Ora pour marquer son territoire.

Mais plutôt qu’une version féminine d’un son qui existe déjà, on aurait préféré découvrir un titre inédit. Parce que se contenter de remixer un tube fera parler pendant quelque temps mais cela reste éphémère.

« Personne te regarde comme le handball » disait Booba. Alors pour se faire remarquer, il va falloir passer à la vitesse supérieure.

Car pour le moment quand on parle de rap féminin, on pense encore à Diam’s. Véritable icône du rap français, elle a pourtant quitté le game en 2012.

Alors qu’aux États-Unis Nicki Minaj, Cardi B ou encore Meghan Thee Stallion s’imposent parmi les meilleurs artistes du genre, les européennes restent plus timides. Mais depuis peu, on assiste à l’émergence d’une nouvelle génération prête à casser les codes.

Rétrospective- trois femmes, trois univers à la conquête du genre musical le plus écouté de France. Qui sont Aya Nakamura, Angèle et Chilla ?

Aya Nakamura : la nouvelle reine du rap français ?

Totalement inconnue il y a encore 6 ans, elle est devenue la personnalité française du moment. Sous ses airs de diva à la Beyoncé, Aya Nakamura a révolutionné la pop urbaine française.

Pourtant, rien ne la destinait à devenir la star qu’elle est aujourd’hui. En effet, la jeune femme suivait des études dans la mode pour devenir styliste.

Mais sa passion pour la musique reprendra le dessus. Enfant, sa mère lui récitait des chants maliens. C’est d’ailleurs ça qui lui a donné envie de faire de la musique.

Les 19 millions de personnes qui l’écoute chaque mois peuvent donc remercier sa maman pour son âme d’artiste. À 19 ans seulement, la jeune femme sort alors son premier titre Karma.

Et le Karma lui rend bien. La jeune artiste commence à publier ses travaux sur Facebook avant de passer par YouTube. La magie opère et la sauce prend, Aya Danioko change alors de nom et devient Aya Nakamura.

Au-delà des frontières

Le succès d’Aya Nakamura est indéniable. Qu’on aime ou pas, les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Un million d’exemplaires de son 2ème album vendu. Oui seulement le 2ème ! 2 milliards de vues sur sa chaîne YouTube. 17 millions d’abonnés sur Spotify et 19 singles certifiés dans une vingtaine de pays !

Même si la chanteuse plante des émissions de télévision à la dernière minute- comme Quotidien, mais vous le savez déjà, le succès lui ne lui fera pas faux bond ! L’artiste française vient de sortir son 3ème album AYA ce 13 novembre 2020. Plus de 11 600 exemplaires vendus en 3 jours seulement.

Mais Aya Nakamura a un style bien particulier. Si une bonne partie de la population est fascinée par ce phénomène de la scène musicale francophone, beaucoup y sont totalement hermétique.

Pas facile de plaire à tout le monde avec des paroles que certains ne comprennent pas. Comme « En Catchana  » ou « Djadja ». La première est une position sexuelle et Djadja veut dire menteur.

On préfère peut-être rester sur les punchlines de Damso et Booba. Sombres, sales mais claires.

Aya Nakamura, Angèle, Chilla : il y a enfin de la mixité dans le rap game !

Angèle: le rap en douceur

Nouvelle pépite belge découverte en 2018, Angèle semble au départ perdue entre ses convictions féministes et son ambition de percer dans le rap game. Celle qui se dit scandalisée par les paroles de certains rappeurs sexistes fera pourtant la première partie des concerts de Damso.

Damso et ses paroles crues ? Damso et son univers sombre ? Oui, Angèle a même collaboré avec lui sur le titre Silence, extrait de l’album Lithopédion du rappeur sorti en 2018.

Paradoxal vous pensez ? Angèle ne le voit pas de cet œil. D’ailleurs sa décision est mûrement réfléchie. Après s’être demandée si elle avait vraiment sa place dans le rap game, elle a décidé de profiter de cette opportunité.

Angèle a donc saisi sa chance. Et elle a eu raison puisque malgré ce scandale, ce qu’on retient aujourd’hui c’est que c’est une artiste engagée.

Un engagement qu’elle chante avec beaucoup de douceur mais des paroles poignantes. Elle devient très vite une icône féministe de sa génération.

Balance ton succès

« J’ai vu que le rap est à la mode. Et qu’il marche mieux quand il est sale. Bah faudrait peut-être casser les codes. » chante la jeune Angèle dans son titre Balance ton quoi. Dans sa chanson, l’artiste belge envoie clairement « se faire en…mmh » le sexisme.

Toujours avec beaucoup de douceur et sans un mot déplacé, la jeune femme réussit à faire passer son message. Si bien que son titre deviendra l’hymne de tout un mouvement.

En effet, son morceau s’inscrit après les mouvements #MeToo. Malgré elle, la jeune femme devient un symbole de la lutte contre  le sexisme.

Pourtant en écrivant ce texte léger, l’artiste de 24 ans voulait tout simplement raconter son vécu. Un vécu partagé par un grand nombre de femmes victimes de sexisme.

Cette légèreté on la retrouve souvent dans les paroles d’Angèle. Rappelez -vous de son tout premier single La Loi de Murphy. La jeune femme raconte l’histoire d’une journée des plus ordinaires.

Mais la loi de Murphy vient tout chambouler. « Tout ce qui peut mal tourner, tournera mal. » dit la loi. C’est donc avec beaucoup d’humour que la jeune artiste nous fait l’état des lieux d’une journée cauchemardesque !

Ce genre de journée où on se dit qu’on aurait même pas dû quitter son lit ! Si son clip coloré et décalé vous fera bien rire, l’angoisse de voir que tout tourne mal vous attend au tournant.

Chilla: le rap conscient

Chilla a grandi à Annecy. Qui aurait cru que de cette petite ville du sud-est de la France au paysage de carte postale, en sortirait une artiste prête à conquérir le rap game.

Maréva Ranarivelo, de son vrai nom, découvre le harcèlement de rue lorsqu’elle part suivre ses études à Lyon. En 2017, elle défraye la chronique avec des tubes engagés comme Si j’étais un homme ou Sale chienne.

En pleine affaire Weinstein et début du mouvement #MeToo, le timing est parfait pour la naissance d’une artiste féministe. Entre le chant et le rap, la jeune femme touche à des sujets de société avec une bonne dose d’introspection.

La franco-malgache parle de son enfance et de ses difficultés à l’école. Mais porte aussi un regard critique sur les réseaux sociaux et les relations amoureuses dans notre société actuelle.

Chilla sait manier les mots pour toucher son public. Ajoutez à cela un flow à la Diam’s et la réalisation de clips de grande qualité- on pense au clip de 1er jour d’école qui ressemble étrangement à celui de Baby One More Time de Briney Spears- et vous aurez le secret du succès de Chilla.

Un style affranchi

Quand on écoute l’album Mun de Chilla, on ne peut s’empêcher d’avoir une petite pensée pour Diam’s. En effet, son flow nous rappelle beaucoup celui de l’icône du rap français.

Même si Chilla trouve que cette comparaison se base seulement sur le fait que ce soient deux femmes françaises qui font du rap, elle avouera tout de même que Diam’s fait partie de ses principales influences.

Mais la jeune artiste va aussi chercher son inspiration ailleurs et pas toujours dans le même genre musical. En effet, pour elle, Beyoncé est autant une référence qu’Amy Whinehouse.

Et il n’y a pas que des femmes qui l’ont inspiré. En effet, elle écoute aussi bien du Snoop Dogg que du Damian Marley. Son idole restera d’ailleurs le rappeur Youssoupha.

Dans ses chansons, Chilla se dévoile en toute transparence. « À la base je cherchais à me soigner moi. » explique la chanteuse dans son documentaire Jump.

Il faut savoir que la jeune artiste écrit 95% de ses textes. Elle sait donc choisir les mots pour faire passer son message.

Elle s’inspire ainsi de son quotidien, de sa vie et de tout ce qui la touche émotionnellement pour écrire les paroles de ses chansons. Mais aussi de son combat pour se faire une place dans le monde du rap français.

Chilla profite donc de la musique pour vider son sac. Et c’est en mélangeant les genres entre rap, trap, r’n’b et pop qu’elle a trouvé la formule pour se positionner aux devants de la scène musicale française.

Une instrumentale soignée, une voix féminine pour balancer des punchlines dignes de grands rappeurs et un zeste d’autotune: tout y est ! C’est dans la boite, c’est validé.