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Red Dead Redemption 2 est-il le jeu le plus surcoté de l’année ?

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Avec des notes dithyrambiques et sa formidable campagne publicitaire, Red Dead Redemption 2 s’affirme comme le jeu incontournable de 2018. À juste titre ?

Des mois, voire des années pour les plus patients. Red Dead Redemption 2, disponible depuis le 26 octobre dernier sur Playstation 4 et Xbox One était attendu comme le messie vidéoludique. Et n’a pas manqué de combler les gameurs. Les chiffres ne mentent pas. Après seulement trois petits jours de commercialisation, l’itération signée Rockstar a engrangé quelques 725 millions de billets verts. Il s’agit du second lancement le plus lucratif rayon jeux vidéo. Le record étant détenu par Grand Theft Auto V, qui avait aussi amassé plus d’un milliard de dollars. Soit une autre pouliche de l’écurie Rockstar Games.

Du côté de la critique professionnelle aussi, on se pâme pour la mouture. Les notes frôlent la perfection, pour parfois friser le ridicule. Le site JeuxActu lui donne la note de 21/20. Nos autres confrères, très enthousiastes, restent plus « mesurés ». 8/10 chez Gamekult, 19/20 chez jeuxvideo.com… Mais quelque chose nous chiffonne chez MCE, si bien que nous ne sommes pas tout à fait sûrs que ce bulletin de premier de la classe soit totalement mérité.

Red Dead Redemption 2, un véritable blockbuster

Bien sûr, loin de nous la fumeuse idée de vouloir vilipender Red Dead Redemption 2. Seulement voilà : ici et là, on chante ses louanges. Et on se permet de cacher ses écueils, ce qui est fort regrettable. Le jeu n’en manque pourtant pas. Mais ses qualités éclipsent tout. À commencer par son scénario et aussi son univers, digne des meilleurs westerns du 7e art. Tous les amateurs de l’Amérique des cowboys ne pourront que baver devant pareille aventure, ficelée comme un blockbuster. Le jouer incarne Arthur Morgan, braqueur en fuite avec sa bande. Pour survivre, le gang n’a d’autres choix que d’aligner les interdits.

Plus que jamais, l’intrigue prend une place prépondérante. Les scènes de dialogues (des heures et des heures) s’enchaînent, et sont admirablement bien doublées en anglais. C’est peut-être là notre premier bémol. Quiconque n’est pas naturemment fan de l’ambiance western aura aussi bien du mal à être conquis. Surtout qu’Arthur Morgan n’a rien de bien charismatique. Certes, il est étriqué entre la survie de sa clique et sa moralité. Mais peu ou prou comme tous les héros vidéoludiques d’aujourd’hui… À commencer par ceux de GTA !

Red Dead Redemption 2, le beauté avant le fun

Reste que le paysage est à tomber. Visuellement, nous sommes là devant l’un des plus beaux jeux de tous les temps. Chaque effet est bluffant, et surtout précis. Une trace de pas dans la neige, votre personnage qui sort de l’eau… Red Dead Redemption 2 place, l’air de rien, le nouveau niveau à atteindre graphiquement parlant pour tous les jeux à venir. Ni plus, ni moins.

Sauf que voilà, l’habit ne fait pas le moine. Et un joli jeu n’est rien sans le fun qu’il est aussi censé nous apporter. Problème, l’opus n’est en rien intuitif ou ludique. C’est même tout l’inverse : toute action ou presque demande une manœuvre complexe, une touche différente. On si perd bien vite. Aussi, oubliez, l’euphorie des gun fights, les scènes dantesques qui flirtent avec l’épilepsie. Votre personnage est aussi d’une lenteur confondante. Et on ne saurait dire s’il a séché les cours de sport au collègue mais ce qui est certain, c’est qu’il déteste courir. On comprend aussi tout à fait la volonté de l’éditeur. Ici, offrir à ses joueurs un réalisme à couper le souffle. N’oublions pas que le jeu propose l’une des plus grands maps de l’Histoire vidéoludique.

Red Dead Redemption 2, réaliste mais fort peu intuitif

Mais tout de même, restaurer avec fidélité une époque n’empêche en aucun cas le joueur de s’amuser. Dans un jeu comme dans un film, la cohérence nous échappe souvent. Et ? Le public veut rire, transpirer, s’éclater, bref, s’échapper du morose quotidien dont il est prisonnier. Ici, c’est franchement loupé. Exemple : vous êtes à l’orée d’une confrontation épique. Chaud bouillant, vous vous apprêtez à sauter dans le tas. Et là, un écran vous rappelle qu’il faut d’abord récupérer votre fusil à pompe sur votre cheval… La lourdeur est à son paroxysme.

Pour résumer notre pensée, Red Dead Redemption 2 est un peu la jolie fille (ou un joli mec) populaire du lycée sur laquelle vous avez toujours fantasmé. Tout le monde l’aime, l’envie ou la désire, et force est aussi de constater qu’elle présente admirablement bien. Hélas, elle n’est pas vraiment faite pour vous. Trop creuse, trop compliquée. Mais forcément, vous direz à qui veut l’entendre que c’est une nana géniale : l’opinion publique vous y oblige.

Mélissa Chevreuil