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Micro-transactions: Un modèle économique fortement remis en question !

Micro-transactions Un modèle économique fortement remis en question !
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Souvent utilisées par les éditeurs dans les jeux en ligne, les micro-transactions inquiètent, notamment à cause des dérives qu'elles peuvent entraîner

Dans l’industrie du jeu vidéo, le modèle économique tourné autour des micro-transactions est un sujet qui fait pas mal débat en ce moment. On peut le retrouver chez certains éditeurs, ou entreprises, misant sur une minorité de joueurs prêts à dépenser de fortes sommes dans des jeux.

 

Une enquête ouverte pour déterminer si Star Wars Battlefront II est un jeu d’argent

 

Cela fait maintenant un petit moment que Electronic Arts se retrouve coincé dans une sacré polémique autour de son jeu Star Wars Battlefront II. Cet dernière concerne notamment les boîtes à butin facilitant la progression, ou les personnages à acquérir. Ces derniers peuvent être obtenus dans les deux cas avec de l’argent réel, ce qui favorise ainsi le pay-to-win.

La commission des jeux de hasards, une institution belge, a d’ailleurs mis en place une enquête. Cette dernière tend à déterminer si le dernier titre de la série Battlefront est (ou non) un jeu de hasard. Et il faut dire que certains aspects du jeu ont de quoi le rendre éligible.

Par exemple, comme l’a relevé cette commission, le contenu des caisses à butin est complètement aléatoire. Le joueur n’a donc aucune idée de ce qu’il peut acheter. En outre, ce système peut avoir un impact assez négatif sur les utilisateurs mineurs. Ces derniers pourraient effectivement être tout simplement poussés à la consommation.

 

Des jeux comportant un grand nombre de boîtes à butin

 

D’un autre côté, il n’est pas obligatoire d’acheter réellement ces boîtes.  Il sera en effet possible de les débloquer (beaucoup moins facilement) au cours du jeu. Mais cela prendra beaucoup plus de temps. Et les joueurs dépensant de l’argent dedans, ou dans des personnages important, auront une sacrée avance sur les autres.

Au delà du jeux de hasard, on se retrouve donc déjà dans un système très inégal ou certains joueurs n’auront pas besoin d’être plus bons pour gagner.

Tout cela reste encore à prendre avec des pincettes (l’enquête n’ayant pas encore donné d’issue). Mais EA pourrait se retrouver dans de beaux draps, dans le cas où les résultats ne leur serait pas favorable. La commission pourrait aller jusqu’à condamner l’éditeur à payer une amende bien salée (plusieurs centaines de milliers d’euros).

On peut se retrouver face au même genre de situation en jouant par exemple à La Terre du Milieu: L’Ombre de la Guerre, édité notamment par Warner Bros. Le joueur pourra tomber sur des caisses à butins, au contenu aléatoire (des skins, mais parfois des aides), ou les acheter.

 

Blizzard Tacle EA sur le système de micro-transactions présent sur Battlefront II…

 

Si pour EA, Star Wars Battlefront II n’a rien à voir avec un jeu de hasard, et que l’éditeur affiche sa volonté de réajuster au maximum son système de lootboxes, il n’en demeure pas moins dans un posture très délicate.

Outre les enquêtes et les plaintes, EA s’est par ailleurs bien fait vanner, notamment par le concurrent Blizzard. Ce dernier, annonçant la gratuité partielle de Starcraft 2, référence en matière de jeu de stratégie en temps réel, a choisi le bon moment pour tacler Electronic Arts et Star Wars Battlefront II.

C’est d’abord sur Twitter que l’éditeur et développeur de jeux comme Warcraft ou Diablo entame les hostilités. On y retrouve notamment le tweet suivant: « Nombre de mécaniques pay-to-win dans StarCraft II: 0 ».

Et c’est avec une vidéo promotionnelle de cette version en partie “ free to play ”, que Blizzard enfonce encore un peu le clou. Regardez là, vous constaterez la limpidité du message.

 

…Tandis qu’un brevet déposé par Activision en 2015 donnait les moyens de pousser le joueur à la consommation

 

Toutefois, l’éditeur/développeur ne devrait pas trop s’avancer, quand on sait qu’un brevet déposé en 2015 par sa maison mère (Activision), et validé récemment, donnait différentes techniques visant à amener l’utilisateur à payer en multijoueur, au préjudice de l’équilibrage.

C’est la rubrique jeux vidéo du magazine Rolling Stone, Glixel, qui a pu mettre la main sur ce document.

D’après ce brevet, « le moteur de micro-transactions pourrait mettre en relation un joueur expérimenté et un joueur novice. ». Ce qui pourra alors « encourager le débutant à acheter les mêmes objets qu’utilise le vétéran. ». Selon Activision donc, « Un joueur novice pourrait effectivement vouloir imiter le joueur expérimenté. ».

Et pour pousser le délire, l’idée de soutenir le joueur dans son achat a aussi été évoquée. « Si un joueur achète une arme en particulier, le moteur de micro-transactions pourrait mettre l’utilisateur en relation avec une partie où l’arme achetée est particulièrement efficace, afin de conforter le joueur dans son acquisition. Ce qui pourrait l’encourager à effectuer d’autres achats pour obtenir des résultats similaires. », explique le document.

 

Un modèle de micro-transactions qui peut entraîner des effets pervers, comme la manipulation du consommateur…

 

Imaginez alors que cette technique vienne à être vraiment utilisée. Les joueurs pourraient donc être manipulés par un algorithme qui les poussera inconsciemment à dépenser. On retrouve d’ailleurs ce schéma “ néo-libéral ” dans pas mal de structures que nous côtoyons tous les jours -fin de parenthèse-.

Là aussi, on peut encore faire un lien avec La Terre du Milieu: L’Ombre Du Mordor. Comme il est écrit dans Le Monde, « à en croire le test de Polygon, il semblerait en revanche que la difficulté du quatrième et dernier chapitre du jeu, sorte de très long épilogue optionnel, serait calibrée de façon à pousser le joueur à dépenser de l’argent pour acheter des troupes d’élites capables de l’épauler dans sa quête. ».

Toutefois, le site anglophone (Polygon) rappelle qu’avec de la persévérance, il est possible d’y venir à bout sans débourser un centime. Le joueur devra donc être très patient pour ne pas craquer.

 

… Et qui commence à agacer beaucoup d’entre eux

Terminons avec le cas d’Activision. Il pourrait ne s’agir que d’un “ brevet exploratoire ”, comme l’a affirmé l’éditeur américain. Mais ce genre de révélation tombe très mal, à un moment ou les polémiques concernant l’accroissement des micro-transactions commencent à faire grincer les dents.

On peut comprendre la légitimité de ce modèle lorsqu’il concerne les jeux gratuits, permettant aux studios de générer un bénéfice. Mais cela n’a plus de pertinence lorsqu’on dépense déjà autour de 60 euros pour un jeu. Et cela ne s’arrange pas quand il pousse à la consommation, en désavantageant des utilisateurs. À ce moment, on devient plus vite hostile à ce type d’effets pervers.

Certains éditeurs vont continuer de s’en prendre plein la tronche. Et si cela doit se prolonger jusqu’à ce qu’ils améliorent vraiment leurs modèles économiques, qu’il en soit ainsi.