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Culture
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Le Comte de Bouderbala ou la renaissance de la satire sociale

Le Comte de Bouderbala ou la renaissance de la satire sociale

Loin de Dany Boon, Florence Foresti, Gad Elmaleh ou Franck Dubosc, Le Comte de Bouderbala semble venu d'ailleurs. Un humour noir qui ressuscite celui de ses prédécesseurs...

Décrit comme le maître du stand-up, Sami Ameziane, dit Le Comte de Bouderbala, est complet depuis 3 ans à Paris. Vedette des comedy club à New-York, l’humoriste joue les prolongations à l’Alhambra jusqu’en juillet 2013. Et on comprend pourquoi.

Son spectacle est un exemple flagrant de ce qu’a pu être l’âge d’or de l’humour français. On pense notamment à Desproges et Coluche, mais aussi aux Nuls et aux Inconnus, qui n’épargnaient personne et ne s’interdisaient rien. En somme, de véritables engagés de l’humour social. A travers leurs sketchs, ils dénonçaient, ou faisaient naître dans l’esprit du spectateur, une réelle réflexion sur notre société. Le Comte livre sa vision à la manière de ces grands comiques, en traitant d’autres sujets que les petites choses de la vie quotidienne ou les relations hommes/femmes. Aujourd’hui, rares sont ceux qui osent sortir des sentiers battus. Les humoristes semblent s’être adaptés aux « normes bien-pensantes » de notre époque. Comme si rire de la différence était un crime. Comme si tout s’était aseptisé avec le temps.

Le Comte de Bouderbala fait en quelque sorte figure d’exception dans ce paysage de « béni-oui-oui ». Respecter des codes linéaires, voilà la direction que suit la scène de l’humour français actuellement. Le talent des humoristes français tels que Gad Elamleh, Dany boon ou Florence Foresti est indéniable, mais il s’oriente plus vers une distraction « bankable » pour leurs producteurs qu’une réelle remise en question des symboles de notre société et de ses travers. Le Comte de Bouderbala rejoint d’autres humoristes qui font la polémique et participent à la renaissance du genre satirique, comme les excellents Stéphane Guillon et Gaspard Proust.

Peut-on rire de tout ?

Dans la salle de l’Alhambra, certains spectateurs semblent gênés d’ « oser » rire aux blagues du comiques, qu’il qualifie lui-même de racistes. Cet anti-conformisme a notamment fait parler lors de son passage chez Laurent Ruquier, où au-delà de l’humour sur le quotidien, la question était peut-on rire de tout ? Pour Desproges oui, mais pas avec tout le monde. Et ce n’était peut être pas faux, puisque le sujet délicat des mendiants roumains nous renvoie à nos propres hontes, à des réflexions gênantes qui ont pu nous venir devant cette mendicité insistante. Le malaise peut être assumé ou mal vécu. Elie Semoun parodiait à l’époque l’enterrement et l’incinération dans un savoureux sketch à l’humour corrosif. Dieudonné s’attaquait quant à lui au cancer, et Desproges aux Juifs. Sami semble s’inscrire dans cette veine de comiques qui manient l’humour noir et la satire sociale avec talent. L’humoriste aborde des thèmes importants de la société comme le racisme, l’intégration ou l’extrême pauvreté, mais aussi des thèmes plus légers comme le niveau de français de certains rappeurs ou encore le fanatisme dans le football… En partant de constats de la société, le Comte prend le contrepied de certaines vérités et s’amuse. Nous aussi.

Les roumains :

Le rap français :

Lauren Clerc

Photo CC @Rire & Chansons