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Students Challenge 2013 : Jour 7 – Etape 3

L’académicien Erik Orsenna écrivit « Que sait du désert celui qui ne regarde qu’un grain de sable ? »

Cette pensée renvoie, bien entendu, à soi mais, aussi (surtout ?) à notre manière de considérer l’autre, de considérer notre environnement, de considérer l’environnement de l’autre.
Et s’il me plait d’inaugurer mes retrouvailles quotidiennes avec vous sur ce ton, c’est que, vous vous en doutez, j’ai mes raisons et que j’entends bien vous les dérouler dans les lignes qui vont suivre.
Mais avant, petit rewind sur une nuit, de nouveau, glaciale mais à laquelle, somme toute, on finit par s’habituer. Tout autant qu’au rythme effréné des journées desquelles on tente, néanmoins, de retenir la course folle des secondes. Ici, en tout cas. Ensemble.
Car c’est bien ce temps qui passe trop vite que mon premier contact avec cette nouvelle journée éveille.
Il est, de nouveau, car la régularité ne peut pas être négligée dans la vie que nous partageons tous, ici, sur le Students Challenge, très tôt quand Jean Pierre Berthetprodigue les conseils du jour.
« Faites très attention à votre étalonnage afin que la mesure de vos distances soit toujours précise et conforme à la réalité. N’oubliez pas que c’est à partir de 2 heures après votre horaire de départ que démarre la comptabilisation des pénalités »

 

Jean Pierre est satisfait. En effet, le nombre d’assistance véhicule est très faible sur cette cuvée 2013 du Students Challenge.
Et l’info est loin d’être négligeable car, aujourd’hui, ce sera du sable. Un terrain potentiellement très instable sur lequel on reste coincé très facilement.
Ce sera le désert. 
Ce seul mot ouvre la porte d’un univers sensationnel tout autant que « sésame, ouvre-toi », la porte d’une caverne aux trésors.
Je sens aussitôt la fantasmagorie s’emparer de tous les particpants. La joie. L’impatience. L’excitation.
Une forme légère d’appréhension, sûrement aussi.
Moi même, pourtant un habitué, j’ai comme un crépitement au fond du ventre.
Une épreuve particulière, très roulante. Constituée de deux parties :
La première en road book jusqu’aux CP puis, particularité du Students Challengemarche dans les dunes pour aller chercher la suite du parcours.
La seconde en navigation exclusivement à la carte.
En sortant du brief, je croise Laurent FOURCHER et Eric GACON de l’équipage 121. J’aime bien croiser ces deux là chaque matin car ils sont un peu les doyens de notre tribu. Cette nuit, ils ont purement et simplement dormi dans leur R4 afin de contrecarrer les effets du froid qui a nimbé, à nouveau, la nuit sur le bivouac. Aucune courbature ne semble les avoir plié. Je décide aussitôt de me trouver une R4 pour la nuit suivante…
Ils sont impatients de se présenter au départ pour choper, eux aussi, leur part de désert.
Top départ de la troisième étape !

Pendant que le pointeur s’affaire et check les équipages, les uns après les autres, lemajestueux erg Chebbi défie notre journée balbutiante en exhibant un de ses flancs dont les premiers rayons de soleil contrastent les formes oblongues.
Nous narguerait-il déjà ?…
Les voitures s’élancent comme une sorte de rituel quotidien merveilleux.
Le parcours commence par un paysage lunaire au sol rectiligne et dur, parsemé, par ci, par là, de regs. Nous laissons sur le coté  des maisons isolées à l’architecture typique du sud, en pisé.

Comme chaque jour, le flot des voitures s’est disloqué et les groupes, désormais solides et soudés, s’accompagnent avec une fidélité exemplaire.
Je m’accorde un aparté avec Stéphane MAERTENSE et Sandrine BOYER de l’équipage 125car leur charismatique deudeuche me titille, je dois bien l’avouer.
Ce sont 3 véhicules qui nous prêtent l’oreille car c’est ainsi que ce groupe, qui a fait connaissance lors du collage des stickers à La Rochelle a décidé de vivre cette aventure. J’invite donc également à l’échange Julien BERGER et Rémi TOLEDO de l’équipage 123 ainsi que Alban LORTEAU et Clément FIORTE de l’équipage 182.
Ils me confient être restés bloqués 12 heures à Burgos suite à une grosse défaillance de la culasse de la vénérable deuch. Mais c’est déjà oublié car les mots qu’ils me tendent comportent des « paysages magnifiques », des « contrastes abrupts » et des « gens incroyables ». Quand j’entends « nuits mythiques », j’y attribue, bien entendu, les cieux étoilés féériques que nous avons chaque nuit…
Croyez-le si vous voulez mais ils ont emporté dans leur voyage une bouteille de Pétrusse 2008, donnée par le père de Julien, pour célébrer le final du raid. Je tente bien de me faire inviter mais je n’insiste pas trop.

Nous reprenons notre route et je ne peux m’empêcher d’admirer cette belle jeunesse qui promet une relève haute en valeurs.
Nous arrivons vite à ce que nous savions déjà être le triangle des Bermudes de la journée…
Un difficile passage très sablonneux où le spectacle dépasse l’entendement.
Bien sur, je pourrais vous dire qu’un nombre incroyable de voiture sont coincées dans le sable et cela serait tellement vrai. Mais ce que je vois surtout, ce sont des dizaines de participants qui se soutiennent les uns et les autres. Ils tirent des sangles, enfoncent des plaques sous les roues. Le sable vole haut dans le ciel, projeté par les tentatives désespérées des roues pour se désincarcérer. Les rires planent sur la zone.
C’est une vision de fou !

Erik Orsenna pourrait voir qu’ici, ce n’est pas qu’un grain de sable que tous regardent.
Hébété par cette scène, j’en profite néanmoins pour aller compter fleurette…
Johann FOURNIER et Céline AUBLE de l’équipage 110 sont enfoncées jusqu’à la calandre. Le sable est très fin, il est traitre. Ces deux là savaient bien que ça se produirait mais avouent être, aussi, venus pour ça. Ils ne seront vraiment pas les seuls à me le dire…
On appelle ça être tanké dans le jargon.
Je vois tout à coup Maxime CASTA et Alexandre BERNARD de l’équipage 210 se présenter au goulot. Ils marquent un léger temps d’arrêt puis s’élancent et… passent ! Hourra !

Pendant ce temps, Julie et Marie BRISSET de l’équipage 212 me confie  être tankées pour la seconde fois depuis hier. Elles sont jumelles. Des vraies. Carpe Diem pourrait se lire sur leurs visages car elles reconnaissent ne pas être si préoccupées que cela par le classement général. Pas le temps d’aller plus en avant dans la conversation qu’elles volent déjà au secours d’un autre véhicule dans le besoin.
J’aborde donc Dimitri Maxel et Arthur LHUILLIER de l’équipage 180. Ils portent fièrement les blasons de la Croix Rouge. Bien sûr parce qu’un petit quelque chose d’altruisme en plus étincelle dans leurs yeux. Et puis aussi parce que Dimitri y travaille. Mais pas que. Puisqu’il est aussi agent de police. Arthur, lui, est dans la carrosserie. Et voilà une équipe judicieusement constituée ! C’est leur seconde participation au Students Challenge. Ils ont livré 200 kg de matériel médical à l’hôpital de Merzouga et veulent afficher haut les valeurs de la Croix Rouge. Je suis, bien entendu, scotché mais je le susurre avec pudeur car leur humilité est un dogme, pas un flambeau.

Pendant que je prends congé en leur tendant une main directe et ferme témoignant de mon admiration, Kassandra ROUSSEAU et Julien CALLET de l’équipage 161 s’enlisent à leur tour. Mais l’affaire est rondement menée et, ni une ni deux, les voilà repartis vers l’horizon bouillant car la journée est déjà bien chaude.
Et ma liste des nominés au tankage n’est pas achevée car Mathieu BRIGNATZ et Thomas RIGOLLOT de l’équipage 147 y passent à leur tour. Sanglage, ajustage, tirage et hop ! Les voilà, eux aussi, heureux comme des pachas, repartis.

Un suave vent de liberté souffle sur le désert aujourd’hui. Et je le chéris d’autant plus qu’il a des allures d’universalité et de connivence solidaire.
Je décide de regagner ma voiture, un gros 4X4 japonais. En effet, si le principe du Students Challenge est la berline, de préférence vintage, les pilotes de l’orga –comme on dit sur le bivouac- sont, eux, fortement équipés en véhicules performants dotés de systèmes de navigation. Il s’agit, bien sûr, de parer à toute éventualité de pépin plus sévère et de pouvoir aller chercher n’importe qui, n’importe oùquelles que soient les conditions climatiques ou les configurations de terrain même si les parcours de chaque édition sont conçus pour la spécificité « routière » des véhicules des participants.
Toutes vitres ouvertes, nous mesurons le vent dans nos oreilles et continuons à pister nos concurrents. Nous les doublons, ils nous saluent. Nous les suivons, ils nous traversent. Nous les abordons, sans cesse, discrètement, comme des Jiminy cricket. Je crois bien, même, que nous les chérissons et les liens qui les unissent entre eux nous touchent en renforçant notre capital émotionnel à leur égard.
Plus loin, nous nous arrêtons à nouveau pour laisser notre cameraman faire quelques prises de vue.
Se trouve là aussi Delphine MORAUD et Auristelle AGACHE de l’équipage 202. Rangées sur le bas coté, elles profitent de l’air ambiant et du soleil radieux qui brille haut dans le ciel. Elles me racontent leurs péripéties et impressions avec une fraiche candeur : Elles ne sont pas là pour le classement et ignorent même où elles en sont.
Pour elles, c’est un rêve qui se réalise. Un rêve qu’elles chérissent depuis longtemps, auquel elles se sont accrochées et ont cru et qui, quoiqu’il puisse arriver ne leur sera arraché par rien ni personne. Alors vogue le navire…
Il est l’heure de déjeuner et nous choisissons un havre de dunes sur lequel souffle un vent qui donne un effet nébuleux aux crêtes, conférant à notre cadre un caractère magique.
Nous ne baissons pas la garde pour autant car nous choisissons toujours un endroit où nous sommes surs de voir chaque passage des raiders.

Il nous semble que chaque équipage a posé sa nappe à l’endroit de son choix et, pourtant, nous voyons arriver Charles LEROY et Justine MARQUAILLE de l’équipage 232.
Je m’approche, Justine me tend une mine avenante et nous voilà à discuter en plein milieu d’un sublime nulle part. Justine est une habituée des raids; elle m’affirme qu’il faut parler à sa voiture pour que tout se passe bien. J’y entrevois une marque de respect universel.D’ailleurs, sa Cocc, elle l’a appelé Roméo.
Je la laisse repartir alors que s’approchent Edouard PROFFIT et Heloïse FROT de l’équipage 214. C’est avec le même naturel que nous échangeons sur cette étape et sur la zone sensible qui a vu tant de véhicules ensablés. Ils sont fiers d’avoir sorti 4 véhicules du sable.

Le temps d’avaler un café, replier bagage, prendre bien soin de n’avoir rien laissé trainer dans cette nature à préserver et nous nous dirigeons vers la grande dune à mi sommet de laquelle a été placé le prochain CP. Pour y parvenir, il faut laisser sa voiture en contrebas et affronter les flancs fuyants du gigantesque monticule.
Je vois, au loin, des files de challengers s’y diriger, en redescendre. Je m’y attèle aussi, conscient qu’il me faudra au moins un bon quart d’heure pour y arriver. Tous ceux que je croise caracolent sur le sable, dévalant les pentes, s’y roulant.

Le vent s’est nettement intensifié sur les derniéres minutes et je sens la claque sèche du sable sur ma peau. Bientôt, le vent est tel que c’est une tempête de vent de sable qui se déclare. Tout est dans le brouillard. C’est envoutant. Les ksars, au loin, ressemblent presque à de vieux manoirs écossais par la majesté que leur confère cette étrange ambiance.
Regagnant la voiture, je m’aperçois que notre pilote est affairé à s’enquérir que chaque équipage a pu rejoindre le goudron.
C’est dans un paysage spatial que nous regagnons tous le bivouac. Ce soir, au diner, personne en manquait à l’appel. Ce soir, au diner, personne n’ignorait la nouvelle extraordinaire journée qu’il avait savourée.

Une nouvelle nuit nous enveloppe. Glaciale, à nouveau. Demain marque le premier jour de l’étape marathon. 
J’entends, au loin, les derniers rires avant le sommeil qui nous gagne tous.
J’ai déjà hate de vous conter les mille et un moments sucrés qui surviendront.
Des moments humains, des moments mécaniques. Sous le soleil pénétrant de ce Maroc qui a conquis les âmes. Sous la protection du désert qui, seul, sait déclencher les chants profonds, les hymnes ancestraux. Au rythme lancinant de ces grains de sables qui nous content déjà les légendes que nous y inscrivont au fil des jours.
Pour voir la liste des équipages engagés: cliquez-ici

Les dates clefs du Students Challenge 2013 :– 16 / 17 février 2013 : « Village départ Students Challenge by Road Runners » à La Rochelle / Vérifications techniques et administratives
– Du 18 au 20 février 2013 : Traversée de l’Espagne et route vers lieu de rassemblement au Maroc
– Du 21 au 25 février 2013 : 5 étapes dans le Sud marocain
– 22 février 2012 : « Green Day » à Tafersgite
– 26 février 2013 : Remise des prix et repas de clôture

 

 Retrouvez le raid sur Facebook : Raid Students Challenge
www.studentschallenge.com

Contact presse : agence Mille & une vagues
Nicolas Guillemart :
tel. +33(0)1 55 38 98 20 ou 06 23 16 43 21 – courriel. nguillemart@milletunevagues.com

– communiqué de presse –