fbpx
Campus
Partager sur

Najat Vallaud-Belkacem : découvrez son discours sur la mobilisation de l’école pour les valeurs de la République 2/2

Najat Vallaud-Belkacem : découvrez son discours sur la mobilisation de l’école pour les valeurs de la République 2/2

Najat Vallaud-Belkacem a pris la parole ce mardi. Découvrez la 2ème partie de son discours pour la mobilisation de l'école pour les valeurs de la République

Je veux rappeler ici la nécessaire fermeté et le nécessaire travail d’éducation face aux propos et attitudes racistes et antisémites, face à la remise en cause du principe de laïcité et des principes et valeurs de la République. L’Ecole de la République et ses fonctionnaires ne tolèrent pas l’intolérable. Ils réagissent immédiatement, avec fermeté, souci d’éducation et conformément au droit, c’est-à-dire dans le cadre des règlements intérieurs des écoles et établissements. Lorsque les faits nécessitent des sanctions, celles-ci sont proportionnées aux fautes commises, et systématiquement accompagnées d’un travail éducatif vis- à-vis des élèves, et d’une association des parents au caractère éducatif de la sanction. Notre rôle est de maintenir ces élèves, au même titre que tous les autres, dans le système éducatif. Je souhaite d’ailleurs que nous ayons une vigilance renforcée à l’égard des élèves instruits à domicile.

Ces incidents sont par ailleurs révélateurs de difficultés plus larges, qu’il nous faut savoir affronter collectivement. Il nous faut notamment apporter des réponses à un relativisme ambiant, incarné par deux symptômes, le « oui c’est grave, mais… » et le « deux poids, deux mesures ». Face à ces symptômes, je le répète, nous devons faire vivre la discussion et apprendre aux élèves, aux étudiants l’art de la dispute, l’art difficile du débat et du respect de l’autre.

Au regard du travail accompli en fin de semaine dernière, je veux redire ma gratitude à tous les personnels de l’éducation nationale, à vous tous, pour cette mobilisation, qui doit maintenant se prolonger.

Je vous demande en premier lieu de mobiliser sans délai l’encadrement et les services de l’éducation nationale pour répondre aux besoins exprimés par les chefs d’établissement et les enseignants eux-mêmes. Aucun personnel éducatif ne doit être laissé démuni ou isolé face aux demandes des élèves. Tous doivent pouvoir obtenir rapidement des réponses à leurs interrogations, notamment pédagogiques, et bénéficier des outils et conseils adaptés à leur réalité. C’est pourquoi je vous demande d’inviter l’ensemble des proviseurs vie scolaire pour les établissements du second degré, des inspecteurs de l’éducation nationale adjoints pour les écoles, des équipes mobiles de sécurité, des référents mémoire et citoyenneté ainsi que des référents laïcité à se mettre a disposition des établissements qui en expriment le besoin pour y être les interlocuteurs immédiats des chefs d’établissement et des directeurs d’école en cas de situations difficiles à gérer.

Mon souhait, mesdames et messieurs les recteurs, mesdames et messieurs les inspecteurs d’académie, est que vous incarniez cette mobilisation. Que vous soyez au plus près des équipes, surtout là où c’est le plus difficile et là où l’enjeu est le plus important, et que vous mainteniez cette mobilisation pendant le temps nécessaire. Moi-même, je serai à vos côtés, et aux côtés des professeurs. C’est une période exceptionnelle, l’enjeu est exceptionnel. Nous devons montrer que les cadres de l’éducation nationale sont là où la Nation attend qu’ils soient. Les enseignants ne doivent pas se sentir seuls dépositaires des attentes de la société vis-à-vis de l’école.

Je vous demande de donner pour instruction, dès cette semaine, aux inspecteurs pédagogiques (IA-IPR, IEN du 1er et du 2nd degré), sous l’autorité de l’inspection générale de l’éducation nationale (IGEN), de se rendre dans les écoles, collèges et lycées pour assister les équipes pédagogiques et éducatives dans l’accomplissement de leur mission d’éducation aux valeurs et principes de la République. Ces rencontres seront aussi l’occasion de consolider le contenu du nouvel enseignement moral et civique. La consultation des équipes enseignantes sur les projets de programmes remis par le Conseil supérieur des programmes est ouverte sur Eduscol depuis le 5 janvier, jusqu’au 23 janvier.

Au-delà de cette action de soutien aux équipes pédagogiques, nous devons élargir cette mobilisation en lien avec les services de l’Etat et les acteurs de l’éducation populaire, de l’action socioéducative, de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

La mobilisation coordonnée de l’ensemble des partenaires éducatifs et sociaux est indispensable pour répondre à l’enjeu actuel de citoyenneté. Je réunirai pour ma part cette semaine l’ensemble des associations complémentaires de l’école qui sont nos alliées naturelles dans ce travail.

Je vous demande quant à vous, recteurs et directeurs académique, en lien avec les DRJSCS et les DDCS, d’organiser la nécessaire articulation de l’ensemble des stratégies et actions menées par les acteurs publics et associatifs en faveur de l’éducation à la citoyenneté et de la réussite scolaire et éducative des élèves, en particulier dans les quartiers relevant de la politique de la ville et dans l’éducation prioritaire. Ce travail est indissociable de la nécessité de déployer davantage de ressources en direction des familles, qu’il s’agisse de leur lien avec l’école (à l’image du déploiement engagé des « mallettes des parents ») ou de la maîtrise du français pour l’ensemble des parents.

Cette mobilisation doit également se réaliser au sein des instances de démocratie scolaire. Les conseils d’école, les conseils d’administrations des établissements, les comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC), les conseils de la vie collégienne, les conseils de la vie lycéenne (CVL, CAVL et CNVL) ainsi que le conseil supérieur de l’éducation (CSE) doivent être mobilisés pour faire vivre les valeurs de la République. Les associations lycéennes travaillent, en ce moment même, à la création d’un site internet de lutte contre le complotisme, car ils ont compris, comme ils me l’ont dit, que moins il y a de débat, plus les théories du complot prospèrent.

L’apprentissage des usages de l’internet est d’ailleurs l’un des enjeux du plan numérique à l’école. Il s’agit d’une initiative parmi la multitude de celles qui m’ont été signalées depuis quelques jours et qui témoignent de la formidable capacité d’engagement de nos jeunes. Il faut que nous trouvions les moyens de renforcer les capacités d’initiative des associations lycéennes. Je réunirai dès la semaine prochaine le conseil national de la vie lycéenne sur ce sujet.

C’est par l’engagement de tous les acteurs et de toutes les ressources de l’éducation nationale et de ses partenaires que nous répondrons aux attentes des élèves et de leurs familles, que nous prolongerons le sursaut civique et républicain qui s’est manifesté avec tant de force ces derniers jours. Et je souhaite que nous développions cet engagement dans la durée.

Un effort accru sera ainsi engagé sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, en lien avec la nouvelle DILCRA, avec la prochaine mise en ligne d’un portail de ressources pédagogiques dédiées, une offre de formation en ligne et une mobilisation importante autour de la semaine d’éducation contre le racisme autour du 21 mars prochain. Je veux que cette semaine fasse l’objet d’une préparation exemplaire associant l’ensemble de nos partenaires. Les établissements d’enseignement supérieur que j’ai reçu hier se sont engagés à se mobiliser sur ces questions.

S’agissant de la nécessité de lutter contre la radicalisation, le ministère a préparé un livret opérationnel de prévention à l’attention de ses personnels qui sera prochainement diffusé, une fois le plan d’actions interministériel arrêté. L’éducation nationale prendra toute sa part dans ce combat contre l’obscurantisme et en veillant à ce qu’aucune confusion ne puisse être suscitée ou entretenue entre la radicalisation, qui s’apparente à une dérive sectaire et toute forme de pratique religieuse.

Je souhaite aussi améliorer l’éducation aux médias et à l’information, inscrite dans la loi de refondation de l’école, qui est un enjeu démocratique essentiel. Le ministère de l’éducation nationale est partenaire de longue date avec le Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information, le CLEMI, notamment sur le net. Je veux, conjointement avec le ministère de la culture, renforcer les associations de presse lycéenne. Des moyens nouveaux seront mobilisés à destination des journaux lycéens.
Enfin, notre ministère sera fortement mobilisé pour développer les politiques de citoyenneté, selon votre souhait, Monsieur le Premier ministre.

Il s’agit de la réponse de fond la plus forte que nous pouvons opposer à ceux qui ont attaqué les fondements de la République, et par là-même son école. J’ai engagé des consultations en ce sens, à la fois syndicales, politiques et intellectuelles, et je suis à l’écoute de vos propositions. Ma conviction, c’est que nous devons avancer fortement dans cinq directions :

– La citoyenneté à l’école, c’est contribuer au sentiment d’appartenance à la communauté nationale, qui passe d’abord par notre langue commune, le Français. Nous devons faire plus encore pour améliorer l’acquisition du langage dans la petite enfance, la maîtrise de la lecture et de l’écriture à la fin du CE1. C’est un enjeu déterminant aux plans scolaire, social et citoyen, car les inégalités de maîtrise du français engendrent des phénomènes de retard ou de mise à l’écart qui impactent la capacité de tous les élèves à disposer des mêmes de chances non seulement de réussir au plan scolaire, mais aussi de trouver simplement une place dans notre démocratie. Je souhaite aussi que nous restions fortement engagés dans les dispositifs qui favorisent l’apprentissage du Français et des règles de fonctionnement de l’école pour les parents allophones, qu’ils soient présents de longue date sur le territoire ou primo-arrivants.

– La citoyenneté, c’est la laïcité. Outre les chantiers engagés, il me semble indispensable d’avoir un moment symbolique et pédagogique qui rassemble enseignants, parents et élèves, qui pourrait être la date du 9 décembre selon le souhait de l’Observatoire de la Laïcité. Donnons-nous cette chance d’une journée annuelle de mobilisation sur un principe essentiel, dont l’école est le premier dépositaire.

– La citoyenneté à l’école, c’est l’égalité sous toutes ses formes, en
luttant contre les discriminations sexuelles, d’origine ou territoriale.

Au-delà des plans en cours sur ce sujet, nous devons faire de la généralisation à venir des PEDT l’occasion de renforcer l’équité territoriale et d’offrir au plus grand nombre des projets de qualité qui mobilisent l’ensemble des ressources des territoires.

Je souhaite aussi relancer la dynamique de la réussite éducative, qui répond en partenariat aux besoins éducatifs et sociaux d’accompagnement des élèves les plus fragiles et de leurs familles. Enfin, j’attacherai une attention particulière aux préconisations issues de la mission confiée à Jean-Paul Delahaye sur la lutte contre la pauvreté, car nous devons lutter par ses deux bouts contre la chaîne qui relie fragilité sociale et difficulté scolaire. C’est aussi l’enjeu d’une démocratisation réelle de l’enseignement supérieur, et d’une mise en œuvre plus ambitieuse du décret qui permet aux 10% des meilleurs élèves de chaque établissement scolaire d’accéder aux filières sélectives, car ce dispositif est un formidable levier pour lutter non seulement contre le déterminisme social dans l’orientation, mais aussi contre l’assignation scolaire et résidentielle.

– Quatrième axe de réflexion : la citoyenneté, c’est la démocratisation, la participation et l’engagement.

Renforcer la confiance entre les parents et l’école, développer une culture de l’engagement citoyen dès le collège, développer les conseils de la vie collégienne pour répondre à l’aspiration, légitime, d’échanges et de débats que demandent les élèves et aussi encourager plus encore la vie étudiante, facteur important de lien social. C’est ce à quoi nous devons nous atteler, ensemble. N’hésitons pas à lier pédagogie de projet et engagement citoyen, avançons dans la reconnaissance de l’engagement dans le cursus scolaire des élèves, soyons plus ambitieux pour que les semaines de l’engagement, en septembre, soient autant d’occasion d’ouvrir les établissements aux partenaires de l’éducation nationale comme aux jeunes déjà engagés, par exemple dans le service civique, qui est un moyen de renouer ce lien parfois distendu entre la jeunesse et la République.

– Cinquième et dernier axe de réflexion et de travail : l’implication de l’enseignement supérieur et de la recherche pour éclairer la Société dans son ensemble sur les fractures qui la traversent et ces facteurs de radicalisation est essentielle. Dans ces moments difficiles que notre pays traverse, il est du devoir citoyen et scientifique des chercheurs comme des intellectuels que de nous aider à analyser ces phénomènes pour mieux y répondre. A cette fin, je solliciterai, avec Geneviève Fioraso, l’agence nationale de la recherche (ANR).

Mesdames et Messieurs, la tâche qui nous attend est immense. A la mesure de la souffrance des victimes et de leurs proches. A la mesure du défi qui a été lancé aux valeurs et principes essentiels de la République. A la mesure de la mobilisation sans précédent du peuple français et des attentes légitimes qui sont les siennes. Nous avons l’ardente obligation de réussir, c’est-à-dire de rendre à l’école sa place au cœur de la société et de lui donner les moyens de jouer pleinement son rôle pour la réussite scolaire comme pour la transmission des valeurs républicaines. Ne laissons aucune polémique nous détourner de cet enjeu essentiel, plaçons-nous au bon niveau de débat.

Lors de mes consultations hier, j’ai entendu un message très fort : ne faisons pas injonction aux seuls enseignants d’être des héros si nous ne sommes pas capables collectivement de prendre nos responsabilités. Les enseignants, je le sais, sont mobilisés et je vous demande de répondre à leurs demandes, d’accompagner leur démarche et, enfin, de nous faire remonter les expériences réussies comme les difficultés pour mieux progresser ensemble.

Car j’en suis persuadée, s’il y’a comme disait Jean-Jacques Rousseau « mille manière de rassembler les hommes, mais seulement une de les unir », l’école peut et doit être cette manière-là.

Communiqué