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Anina Ciuciu, ou pourquoi Karl Lagerfeld n'a rien à craindre des roms

Anina Ciuciu, ou pourquoi Karl Lagerfeld n'a rien à craindre des roms

C’est ce dimanche 10 mars 2013, dans le célèbre magazine Sept à Huit présenté par Harry Roselmack, qu’a été diffusé un portrait à contre-courant. Il s’agit de celui d’Anina Ciucu, une étudiante de la Sorbonne au parcours des plus singuliers

La jeune femme de 23 ans, élève brillante, suit une formation de Droit à Panthéon-Sorbonne, parle 5 langues et se voit déjà magistrate. Repérée par un journal roumain titrant pour l’occasion « Une rom à la Sorbonne », on peut dire qu’Anina revient de loin.

Catapultée à l’âge de 7 ans à devoir faire la manche, à Lyon puis Bourg-en-bresse, elle en garde un souvenir pas moins douloureux qu’un marquage « au fer rouge« , selon ses termes. A la maison, c’est la vie dans les caravanes et camions récupérés, à 5 personnes, sans eau courante ni électricité bien sûr.

La bascule

Elle doit son revirement à une passante plus attentive que les autres qui a su lui apporter son soutien au bon moment. L’institutrice la repère un jour sur une place, en compagnie de sa mère, et les approche.

On l’inscrit à l’école où elle devient rapidement un des meilleures élèves. Pourtant, il a fallu partir de zéro : quand elle entre en primaire elle ne sait ni lire ni écrire le français. Dès lors elle n’aura de cesse que de se battre pour garder ce niveau d’excellence, pour « ne plus jamais avoir à tendre la main par nécessité« . Elle l’admet sans gêne : « L’école française m’a sauvée« .

L’interview a beau être orientée TF1 avec son titre évocateur : « Après la honte », renforcée par le commentaire ouvrant le document « depuis toute petite, vous avez été considéré comme de la vermine…« , l’intéressée confirme pourtant avoir également du se bagarrer pour ne plus être rejetée par sa classe.

Un travail de longue haleine

Dur de se construire avec un constant sentiment de honte liée à la différence ethnique et sociale, de secret « le sentiment des parents qui disent qu’il faut essayer de cacher qu’on est rom, par tous les moyens » si l’on veut un jour percer.

Exclusion par les autres enfants, impressions à peine dissimulées de dégoût lié à l’hygiène ou aux différents larcins qu’on leur attribue un peu vite dont le vol et la mendicité. Et puis le sentiment plus durable lui, d’illégitimité, d' »infériorité« .

Chapeau bas aux parents, qui ont réussi à faire en sorte que le reste de la fratrie suive l’exemple d’ Anina. Ils ont ainsi mené leur cadette jusqu’à un bac + 2 en Comptabilité, elle aussi major de promo, sans parler de la benjamine qui, encore au collège décroche déjà des tableaux d’honneur.

Une leçon de vie s’il en est, capable de tordre le cou à de nombreux lieux communs et représentations à l’image des propos amalgamés du couturier Karl Lagerfeld, qu’MCE-tv vous rapportait ici.

T.C.