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The Voice: doit-on encore se retourner ou reconnaître l’overdose ?

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Depuis 2012, The Voice fait les beaux jours de TF1. Mais ne frôlerait-on pas l’indigestion d’auditions à l’aveugle à cause du nombre de saisons ?

t c’est reparti pour le jeu des chaises musicales… mais surtout tournantes ! En effet, jamais à bout de souffle, l’émission The Voice est revenue pour un huitième tour de piste. Et cela, sans compter les éditions pour chérubins The Voice Kids. Depuis 2012, le public peut donc suivre le télé-crochet qui a fait des auditions à l’aveugle son va-tout. Huit saisons, même pour un programme qui fonctionne à fond les turbines, c’est beaucoup. Si bien qu’on se demande un peu si celle-ci ne serait pas de trop…

The Voice : un jeu qui s’essouffle

C’est que la mécanique, même si bien rôdée, a de quoi franchement lasser. Avouons-le, en 2012, quand le concept The Voice venait à peine de débarquer en France, nous n’étions pas que sous le charme. Mais totalement conquis. Voir ces talents nouveaux – et d’un niveau bien supérieur à ceux de la Star Academy- être jugés seulement sur leur voix relevait alors du génie. Et comme le jury, nombreux étaient ceux qui s’amusaient à se cacher les yeux, jouant le jeu jusqu’au bout.

Mais force est de constater que le jeu s’essouffle. Les talents se suivent et, osons le dire, se ressemblent. Chaque saison propose son puissant ténor. Sa diva. Sa jeune adolescente à la fois frêle et rebelle. Son duo de potes/frangins qui sentent bon l’été. Côté vocal aussi, les prestations jouent le jeu des miroirs. La grande tendance étant de reprendre un tube rythmé façon sobre, au piano. Pour faire oublier le tempo dansant et faire régner l’intensité. Si, au début, on vibre, trouvant l’idée aussi forte que changeante… à force, on est un peu blasé. Que dire de la partie « battle », véritable parodie d’elle-même. Les talents s’affrontent, jouant à qui aura la plus grosse… voix. Mettant souvent l’émotion au placard. Y règne alors souvent une réelle cacophonie, qui gâche tout le spectacle.

The Voice : même les coachs lassent… (un peu)

Autre défaut majeure du programme, qui est pourtant censé être sa force : le jury. Pour sûr, on adore mater les nouveaux outfits toujours bien choisis de Jenifer. Rire devant les facéties de Mika. Et, depuis peu, écouter avec sagesse les conseils de Julien Clerc ou observer les pirouettes de Soprano. Mais leurs simagrées, un peu trop forcées, peuvent en éconduire plus d’un(e). C’est que nos coachs ne savent pas vraiment faire le show comme leurs confrères et consoeurs outre-Atlantique. Peu naturels, on les trouve tantôt mignons, tantôt épuisants.

Le pire étant quand ils doivent justifier leur choix. Quand un juré veut un talent, à lui de tout mettre en œuvre pour le rafler dans son équipe. C’est bien normal – c’est même tout l’intérêt du programme. Mais quand il ne s’est pas retourné, les faux compliments pleuvent… « Tu es un écorché vif, tu as un véritable univers. Mais je n’aurais rien à t’apporter. » On le devine, l’émission étant familiale, les coachs ont pour devoir ne pas être trop mauvais avec les talents, et encore moins de les traumatiser. Exit, les saillies et punchines humiliant les jeunes artistes façon André Manoukian, so années 2000 ! Problème : à l’ère des réseaux sociaux où l’on lâche tout, ce trop plein de bon sentiments donne un arrière et amer goût d’hypocrisie.

The Voice reste l’ultime télé-crochet, une usine à stars

Il faut aussi avouer que c’est le concept même de télé-crochet qui semble arriver à bout de souffle. Preuve en est, l’échec cuisant du retour de Nouvelle star, l’hiver 2017 sur M6. L’émission ne manquait pourtant pas de talents, au contraire ! Et plaçait même le curseur très haut. Seulement voilà : des auditions au prime, le tout avait un « je ne sais quoi » des plus ringards. Déjà-vu, tout du moins. Les spectateurs, bien trop familiers des étapes du jeu, n’ont pas été au rendez-vous. Résultat : M6 a sacrifié l’itération sur l’autel des audiences avec un montage à la truelle. Dommage.

Peut-on alors prédire la fin prochaine de The Voice ? Difficile à dire, même si c’est au fond peu probable. Les audiences de la saison actuelle sont loin d’atteindre les étoiles, voire même en légère chute. Si le premier prime a réuni plus de cinq millions de fidèles, les suivant n’ont cessé de baisser. Le dernier est même passé en dessous de la barre des fameux cinq millions, c’est vous dire. Pour autant, ces scores n’ont rien de honteux et assure une jolie place sur le podium des audiences pour la première chaîne française.

Surtout, l’émission est et restera encore longtemps une usine à stars. Et, de facto, à tubes. Parmi eux, et « au hasard » (non), Louane, Kendji, Slimane et on en passe. Des artistes qui rapportent gros, dans tous les sens du terme. Acteurs forts dans une industrie du disque hélas en crise, on ne saurait se passer de leurs précieux services. C’est donc avec une fibre commerciale (bah oui) mais aussi musicale que l’émission se doit de continuer encore quelques années. Jusqu’à qu’un nouveau concept, plus fort et innovant, ne pointe bien sûr le bout de son nez. Enfin, de son timbre !

Mélissa Chevreuil