Du sexe, toujours du sexe
Le 11 septembre 2011 Ã 19:30
Dr Folamour est un film de Stanley Kubrick. Considéré comme un chef-d’œuvre, il a pour thème la guerre nucléaire, un drame traité de manière si désopilante et avec un humour si intelligent, qu’il n’usurpe à aucun moment sa réputation
Tout commence avec deux avions. Deux B52 copulent ; l’un sort son long cordon pour pénétrer la cavité de son partenaire, les deux amants planent alors en pleine béatitude orgasmique durant tout le générique. Kubrick donne le ton de son Dr Strangelove or how i learned to stop worrying and love the bomb* : la guerre et le sexe sont les deux thématiques uniques qui intéressent les hommes.
« Vous ne pouvez pas vous battre ici, (…) c’est la salle de guerre »
En pleine Guerre froide, les Etats-Unis et l’URSS s’affrontaient psychologiquement au petit jeu du « Qui dégainera le premier la bombe nucléaire ? ». Le monde n’a tourné qu’autour de cette angoisse pendant plusieurs décennies et Kubrick présente ici une critique audacieuse de la politique mondiale des 60’s.
L’intrigue se déroule presque essentiellement dans la salle de guerre (The war room) du gouvernement américain. Les généraux et diplomates se réunissent autour du président américain afin de résoudre une crise sans précédent : un chef de base militaire en plein délire de persécution a envoyé ses B52, et leurs bombes atomiques, sur des cibles russes sans autorisation. La panique gagne le gouvernement qui réclame l’analyse et le soutient scientifique du savant Dr Strangelove, un professeur allemand encore empreint de culture nazie.
Question de fluides
Le sujet est dramatique, le traitement en est totalement loufoque. Il faut se concentrer sur les dialogues à la fois cocasses et sérieux : le cinéaste s’amuse et la satire n’en est que meilleure. En ce sens, la métaphore sexuelle de la scène d’ouverture est filée jusqu’à la fin. Un pilote assis en rodéo sur une bombe à la forme phallique ; un général dépendant sexuel de sa secrétaire en bikini ; un autre qui ne veut pas « offrir ses précieux fluides corporels aux femmes », un savant-fou au nom bien évocateur et une explosion orgasmique de champignons nucléaires. On a peur que ce soit trop et pourtant non, Kubrick reste sur le fil avec brio, soutenu par son acteur principal Peter Sellers qui incarne trois personnage : le président US, un officier anglais et le Dr Folamour. Il nous bluffe par son jeu extrêmement fin et toujours juste, malgré la multiplicité de ses rôles. Le scientifique complètement fou est un bijou du cinéma… mention spéciale à sa main gantée de cuir noir qui essaie d’agir indépendamment de son propriétaire.
Bénédicte Crabouillet
*Dr Folamour ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe, 1964, de Stanley Kubrik, avec Peter Sellers, Georges C. Scott, Sterling Hayden…






