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Politique: quels sont les secrets de leur communication

Politique: quels sont les secrets de la communication
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Les politiques travaillent de plus en plus leurs sorties médiatiques. C’est ce qu’on appelle la communication politique. MCE vous en révèle les secrets.

Tous les matins c’est le grand bal des médias. France Info, RMC, iTélé, Europe 1, les politiques sont partout. Ils envahissent vos télévisions et vos radios pour répondre à des questions d’actualité.

Mais les hommes et femmes politiques ne se contentent pas d’arriver sur le plateau et de répondre à quelques questions. Il ne leur suffit pas non plus d’ouvrir un journal dix minutes avant la prise d’antenne pour anticiper les questions d’actualité des journalistes.

Les interventions publiques des personnalités politiques sont souvent préparées au détail près. Tout est parfaitement calibré avec leurs conseillers en communication, leurs cabinets et leurs attachés.

Les conseillers en communication qui oeuvrent dans l’ombre

Clarisse Coufourier fait partie de ses spécialistes de la communication. Dans son agence Influence et Stratégie elle travaille avec des hommes politiques en campagne et doit s’assurer de diffuser leurs messages le plus efficacement possible.

« On fait toujours du sur-mesure. Donc on tient compte de la personnalité de l’homme politique et des enjeux. »

Clarisse Coufourier organise très peu de conférences de presse pour ses clients. Elle préfère téléphoner régulièrement aux journalistes pour obtenir des articles ou des interviews. Cette démarche lui permet également de diffuser des informations exclusives à certains médias spécifiques.

« Il faut qu’on se souvienne de nous. On sait bien que ça fait la différence quand un de nos clients est médiatisé. Il aura plus de followers, plus de militants. »

Pierre Alibert, co-fondateur de l’agence Coriolink, nous explique que les hommes politiques s’adaptent au format de l’interview et au caractère du journaliste. A l’inverse leurs conseillers sélectionnent aussi les médias avec lesquels ils collaborent.

Le moindre détail capté devant la caméra

Pour aider ses clientes à s’imposer aux élections municipales, Clarisse Coufourier lui a parfois conseillé d’écrire un livre. Pourquoi ? Les séances de dédicace sont devenues un bon prétexte pour aller à la rencontre de son électorat.

Mais cela signifie se plier à certaines règles de la communication.

Les hommes et femmes politiques doivent d’abord être vigilants sur l’image qu’ils renvoient. Surtout aujourd’hui quand tout est filmé pour être diffusé sur internet.

Amélie Lebreton, co-fondatrice de Coriolink avec Pierre Alibert connaît la solution. Elle propose des formations de média training à ses clients pour préparer leurs interventions publiques. Les critères à prendre en compte sont parfois du détail. Comme le choix des vêtements.

« Un costume trop grand par exemple donne l’impression que l’homme qui le porte n’a pas les épaules pour la fonction qu’il brigue.

Pour les femmes malheureusement il faut éviter les décolletés trop plongeants parce que certains hommes pourraient faire des commentaires sexistes.

Même cas de figure pour le langage corporel afin de communiquer leurs sentiments.

« Quand on est stressé ça se voit ! Surtout en ce qui concerne Manuel Valls et Nicolas Sarkozy qui ont des tics corporels qui indiquent leur nervosité. C’est pourquoi je conseille à mes clients par exemple de ne pas avoir de stylo en main parce qu’on a tendance à jouer avec.

Surtout il faut garder les mains à plat devant soi pour montrer que l’on est serein. Et puis il ne faut pas avoir les jambes croisées. Les garder bien ancrées dans le sol c’est important. En revanche les femmes doivent à tout prix éviter d’écarter les jambes parce que à la télévision il peut y avoir des plans en contre-plongée.

Il faut aussi toujours se tenir bien au fond de sa chaise avec le dos bien droit pour se donner de la prestance.


Comment les hommes politiques se préparent-ils… par MCETV

Il ne faut pas non plus négliger le discours

Amélie Lebreton insiste sur le fait que c’est bien la portée du discours qui est importante.

« On peut ne pas être télégénique du tout mais si on a un bon message bien travaillé alors on n’y fera pas attention. »

Pour faire passer un message en politique la méthode est simple ! Le concept c’est : « une émission, un message » comme nous l’explique Pierre Alibert.

Pendant une interview les hommes politiques ont donc développé des méthodes pour contourner les questions des journalistes. C’est la langue de bois.

Anne-Claire Ruel est professeur de communication à l’université Paris 13. Elle nous explique quelles sont les principales méthodes utilisées par les politiques en interview.

« Le block and bridge c’est quand on bloque une question et qu’on dresse un parallèle vers un autre sujet. En général, vous allez entendre par exemple : « votre question est intéressante mais ».

Une autre technique s’appelle le drapeau. Pour que ceux qui vous écoutent il faut imaginer comme un petit drapeau qu’on planterait en haut d’une montagne. Vous leur signifier que ce que vous dites est important avec des éléments de langage. Et inconsciemment l’auditeur va prêter l’oreille au discours.

La dernière méthode c’est que peu importe la question, le politique va toujours en revenir à son message. Et ça énerve les journalistes parce qu’ils n’arrivent pas à obtenir de réponse. »

La cible c’est avant tout l’électorat

Cette méthode s’appelle le média setting. Elle repose sur des éléments de langage précis. Pierre Alibert nous explique que certains mots sont connotés.

D’un parti à l’autre pour le même concept on préfère une autre expression. Par exemple les charges sociales sont utilisées par la gauche pour dénoncer le poids des impôts.

Pierre Alibert souligne aussi l’importance des champs lexicaux. Citant Marine Le Pen qui reste dans un registre de la peur, ou encore d’Emmanuel Macron qui joue sur un langage très jeune prisé par les starts-up.

Mais c’est également une méthode très prisée de Nicolas Sarkozy. Elle s’est d’ailleurs retournée contre l’ancien président. Depuis son retour en politique Nicolas Sarkozy occupe l’espace médiatique sur le sujet de l’immigration et de l’identité nationale, cheval de bataille du Front National.

Pourtant pour Anne-Claire Ruel il est évident que la communication politique a pour objectif de s’adresser aux Français.

« Il faut que les politiques expliquent correctement l’action qu’ils mènent. C’est ça qu’ils n’arrivent plus à faire actuellement. » déclare Anne-Claire Ruel.

Certains hommes politiques préfèrent pourtant se contenter de suivre les directives de leurs partis. Il mise sur un discours moins travaillé. Notamment au niveau local où la communication politique, bien qu’importante, doit permettre de mettre en avant les actions réalisées sur le terrain selon Anne-Claire Ruel.

D’après François Péguillet, attaché parlementaire de Hervé Mariton (LR), c’est la méthode utilisée par son député. Il se prépare quelques mots clés avant une interview ou quelques notes avant un discours. Puis appuie le reste de ses interventions sur la connaissance des sujets dont il est question.

La communication politique est un facteur important de démocratie

La définition de Dominique Wolton, chercheur au CNRS de la communication politique est « l’étude du rôle de la communication dans la vie politique ».

Dominique Wolton fait de la communication politique le pilier de la démocratie. Elle englobe ainsi les interactions entre les médias et les personnalités politiques mais également les sondages et le marketing politique.

La communication permet de légitimer la parole d’une personnalité publique. Comme le décrit François Rangeon, professeur en sciences politiques à l’université d’Amiens, dans son essai Communication Politique et Légitimité.

« Est légitime le pouvoir qui communique avec succès les raisons de le croire légitime. »

L’opinion publique possède donc un rôle important dans la communication politique. Parce que les hommes et femmes politique ne peuvent mesurer leur légitimité que s’ils sont élus.

Néanmoins Dominique Wolton et François Rangeon se rejoignent sur un autre point. Pour confirmer leur légitimité les personnalités politiques doivent également communiquer sur leurs actions.

Selon Anne-Claire Ruel, un homme ou une femme d’Etat doit garder une certaine réserve.

On a par exemple beaucoup critiqué Nicolas Sarkozy et François Hollande pour avoir adopté une politique ultra-médiatique.

Les relations entre opinion publique et politique sont compliquées

Les sondages sont indispensables pour la communication politique.

Comme l’explique Dominique Wolton dans son essai La communication politique: construction d’un modèle, la démocratie nécessite « de connaître l’état de l’opinion publique dans ses revendications et ses réactions à l’action des hommes politiques ».

Pour Anne-Claire Ruel le problème est que les médias aussi vont se porter sur les sondages. L’idée dans un système médiatique « ultra-concurrentiel » c’est d’avoir la priorité sur certains mots-clés.

Parce que l’opinion publique ne prend plus le temps de lire des pages ou des dossiers entiers d’analyses politiques. Sur les réseaux sociaux ce qui fonctionne le mieux ce sont les phrases courtes et fortes que l’on peut facilement reprendre sur Twitter par exemple.

Même les journalistes d’après Pierre Alibert travaillent de cette manière.

« Aujourd’hui l’AFP écoute toutes les émissions matinales en fait un résumé avec quelques phrases marquantes et toute la journée les médias vont reprendre ces phrases. »

Les hommes politiques ont donc appris comment communiquer pour pouvoir « faire le buzz » sur internet. Damien Arnaud est président du Cercle des Communicants Francophones et il nous explique la meilleure méthode pour communiquer sur Twitter.

« Le plus souvent les collaborateurs ont informé les militants et les internautes des horaires de l’intervention de l’élu et ont créé un hashtag dédié. Grâce à cette anticipation et à la participation des militants, le live tweet réalisé par les collaborateurs a beaucoup plus d’impact.

Après, il faut mettre en place une méthode claire (qui tweete, qui retweete, qui commente, à partir de quel compte, à quel moment…) et valoriser les militants en les retweetant éventuellement. »

La communication politique repose donc sur un discours bien travaillé même si la présence médiatique est un atout majeur.